Kessel

Le mieux est le naming du bien

Naming public numéro 1

CDLT
8 min ⋅ 06/10/2022

🚨 Loin de moi l'idée de vous dire ce que vous avez à faire, mais si j'étais vous je lirais jusqu'au bout (ou je sauterais directement à la fin) parce qu'il y a un plot twist.

On a parlé branding ici et mais on n'a pas encore parlé de son grand-oncle pervers : le naming.

Le naming est ironiquement un nom dégueulasse donné au fait de donner un nom sympa aux trucs - marques, produits, outils, offres, bref, tous les trucs qui ont besoin d'avoir un nom pour qu'on puisse les nommer.

Le naming, c'est facile et compliqué en même temps. C'est à la fois un truc qui peut se faire en trois minutes, ivre virgule, en se tapant dans la main, et un truc qui peut prendre des mois, des années, dans la douleur, pour arriver à un résultat moyen, plus petit dénominateur commun des avis de tous les gens dans la pièce, leurs conjoint·es, leurs enfants, d'une analyse d'antériorité sur 150 pays et de "oui mais en tchèque ça veut dire couille".

J'en naming un peu plus, je vous le laisse ?

Et justement parce que c'est à la fois simple et compliqué, le naming est devenu un art. Une science. Une expertise que des boîtes vendent des fortunes à des boîtes prêtes à les payer, avec des process tous plus complexes double-diamant-techniques les uns que les autres.

Parce qu'il n'y a rien de plus dur à justifier que ce qui est évident, et rien de plus dur à défendre que ce qui est subjectif.

C'est la faute de personne, enfin surtout c'est la faute de tout le monde. Dans un projet de naming, s'il y a plus de trois décisionnaires, alors on n'a pas d'autre choix que de douiller, car il y aura toujours quelqu'un pour faire "mmmhh j'aime pas" et essayer de le post-rationaliser ("ça me fait penser à [insérer ici un obscur soda des années 80]") et boum c'en est fini de Riqlèt, qui était quand même un super nom pour une appli de livraison de raclettes à Riquewihr.

Et résultat, y'a des gens qui sont devenus experts à re-rationaliser le bousin, pour expliquer à tout le monde que leur avis on s'en fout, qu'iels ne sont pas le client final, que personne ne va passer plus d'une demi-seconde à analyser ce nom sur lequel on a bossé six mois, et que globalement on n'est pas obligé·e de tomber amoureux·se d'un nom pour qu'il fonctionne.
C'est chiant mais c'est nécessaire.

Le problème, c'est qu'à trop re-rationnaliser, on peut partir bien trop loin dans l'autre sens, et là ça devient carrément absurde, en tout cas très rigolo :

Ils ont oublié que ça faisait penser à "inuit" pour quand le chauffage du train est en panne.Ils ont oublié que ça faisait penser à "inuit" pour quand le chauffage du train est en panne.

Quand je vois de telles oeuvres, après avoir évidemment ricané cinq minutes, je ne peux pas m'empêcher d'avoir de l'empathie pour ces gens qui ont dû traverser 6 mois d'allers/retours et 256 workshops de 4h pour se retrouver à devoir justifier chaque lettre d'un mot pas très compliqué.

Mais bref, je m'égare, on n'en est pas encore au plot twist mais on en est au point de vue.

Le naming on s'en fout

Enfin, attention : dans les limites du raisonnable.
C'est cool d'avoir un nom qui ne veut pas dire "vagin" en Greg Ancien ou qui atterrit dans un top Topito. C'est pas de chance d'avoir un nom qui prend tout son sens des années plus tard ou qui le perd. C'est super si on est une marque internationale de pas avoir un nom différent dans chaque pays (avouez on s'est tous·tes fait la réflexion en vacances). C'est vraiment top d'avoir un nom joli, qui se prononce bien ou se mémorise facilement. C'est encore mieux de pas avoir un nom qui ressemble à tous les autres, comme dans la startup nation.

Mais au fond, on s'en fout.

On essaye de trouver un truc qui a le plus de sens possible, qui coche 40 cases qu'on s'est inventées, alors que...

Ignorer les règles parfois c'est ce qui fait que ça marche

Alors que ça aurait pu s'appeler Youri MargarineAlors que ça aurait pu s'appeler Youri Margarine

Ou juste tout le monde s'en tape

Personne, à part les gens à qui on demande d'analyser un nom, n'analyse un nom. Slack, ça veut dire "relâchement", "flemme". Bumble ça veut dire "bourdonnement" mais aussi "parler confusément" ou "faire un truc maladroit". Quand un nom existe, il existe comme il est.

Tu es Disney et tu lances un service de streaming ? Ajoute un "+" comme tout le monde, ça n'a pas d'intérêt mais au moins on saura à peu près ce que tu fais et on passera à autre chose parce qu'on a tout·tes mieux à faire.

Les AI ont débarqué, d'ailleurs, qui nous offrent le full-service salade-tomates-oignons avec nom + logo + vérification de la disponibilité du nom de domaine sur n'importe quel thème : essayez Namelix ou Namesnack c'est assez bluffant.

Attention, je dis pas que ça vaut pas le coup d'avoir un super nom de marque. Je dis que c'est pas ultra-dramatique d'en avoir un qui est juste ok, ou un peu bizarre. Je ne dis pas que c'est facile d'en trouver un, non plus : c'est compliqué d'essayer de résumer tout ce qu'on essaye de faire en un mot ou deux (je recommande le podcast Startup, le premier podcast de la grosse boîte de production Gimlet, qui raconte... la création de Gimlet #meta, et particulièrement cet épisode sur la recherche de leur nom). Je dis juste que moins on se met la pression, plus on a de chances d'y arriver.

Car un nom, ce qui compte, c'est la façon dont on l'utilise. Comment on l'habite, quoi.

Et donc, bref :

TTFO change de nom

Voilà.

Cette newsletter qui a commencé comme une blagoune visant à n'être lue que par 15 personnes (incluant nous-mêmes et des gens avec le même nom de famille que nous) est restée une blagoune mais lue par plus de gens (vous êtes super d'ailleurs, on sait pas si on vous l'a déjà dit). Et comme on a envie de continuer nos conneries, il va être temps d'avoir un nom un peu durable et qui n'a pas trois mots en commun avec Time To Sign Off (qui est super par ailleurs, abonnez-vous ils font des récaps de l'actu à lire dans le métro avant les dîners en ville).

Et donc j'ai brainstormé avec moi-même un total de 5 minutes (c'est à peu près ce qu'il nous avait fallu pour trouver "TTFO") et voici les options, que je vais ÉVIDEMMENT vous décrire comme le ferait la personne qui a tenté de justifier "InOui".

BDFO : Bisous, Déso, Fuck Off - ça c'est la proposition safe

B : c'est rond, c'est chaleureux, c'est comme un coussin de canapé ou une paire de fesses. Et c'est la moitié de "bébé" qui fait penser à des nouveaux-nés avec leurs petits poings serrés tellement choux, on a envie de leur faire des guili.
BD : la BD c'est le huitième art, et le 8 ça porte bonheur forcément dans une culture ou une autre. La BD est aussi un domaine sous-estimé et pas assez reconnu, où des talents incroyables peinent à vivre de leur art, notamment des meufs.
BDF : un clin d'oeil aux gens qui prononcent "EDF" "é-dé-effe", ce qui est bizarre mais qui est leur droit, et donc exprime notre promesse d'inclusivité
FO : c'est toute l'identité de cette newsletter, à la fois aller se faire foutre et Force Ouvrière, lutte finale, merguez, Kronenbourg.
BDFO : c'est fort, solide, ça se dit avec quelques postillons si on fait pas gaffe. Quand on commence à la prononcer, on se dit que ça va être "BDSM" en en fait non, mais c'est trop tard on a déjà pensé à du cuir, des sangles et de la douleur.
La vraie raison : C'est l'option sage, on garde la sonorité, on n'est pas trop perdu·e, et puis Bisous c'est gentil et c'est déjà la signature de tous les TTFO #cohérence #branding. En vrai j'avais pensé à BBFO et après je me suis dit qu'on n'allait pas risquer de se faire attaquer par une agence, ça serait le pompon.

MOFO : Merci, Okay, Fuck Off - ça c'est la proposition n'imp

M : il est fier, droit dans ses bottes sur ses deux petites pattes, et puis M c'est "aime", et c'est beau l'amour c'est universel, personne n'est contre. C'est aussi le chanteur avec les cheveux là.
MO : c'est comme "mot", ce que contient cette newsletter. C'est aussi le patron de bar dans les Simpsons, ce qui affirme notre attachement à la pop culture et à l'hospitalité
MOF : Meilleur Ouvrier de France, ça dit la qualité, le dépassement de soi, mais on n'oublie pas que c'est aussi de la classe ouvrière que vient la Révolution, cf. lutte finale
O et O : c'est comme deux yeux, ouverts sur le monde, une paire de jumelles braquée sur l'injustice
FO : on en a parlé, mais ajoutons que c'est aussi le "faux", et le faux c'est l'ennemi
La vraie raison : ben le jeu de mots évidemment, après c'est pas féministe je sais pas si j'assume

CDLT : Cordialement - ça c'est la proposition audacieuse, il en faut toujours une

C : c'est... le début de 80% de mes phrases, c'est aussi comme un sabot de cheval, ça porte bonheur
CD : alors vous connaissez ptêt pas, c'est un ancien moyen d'écouter de la musique, comme les vinyles mais en plus petit, un hommage à notre génération, moi le premier que j'ai acheté avec mes sous c'était un album de Lara Fabian, elle chantait "Je t'aime" et hop, on en revient à l'amour
DL : c'est dose létale, et ça c'est beau, ça dit la violence du contenu
DLT : c'est comme un sandwich BLT, mais avec de la dinde, ce qui est meilleur pour la santé tout en étant riche en protéines
CDLT : ça sonne bien, y'a une assonance en "é" même si y'a pas de voyelles
La vraie raison : CDLT c'est la passif-agressivité corporate à l'état pur, sans dilution, sans scorie. C'est quand t'es un peu obligé·e de mettre une formule de politesse en bas de mail, que tu choisis "cordialement" qui n'est déjà pas du tout cordial, mais qu'en plus tu veux faire savoir à la terre entière que t'as pas le temps d'écrire le mot en entier, c'est à la fois le mépris et la flemme, c'est des HEURES de vie gagnées sur le travail, c'est du génie. CDLT c'est un saut par rapport à TTFO, mais quitte à changer de nom autant le faire pour de bon.

Et donc :

À l'encontre de toutes les règles du naming qui impliquent de ne PAS demander leur avis à trop de gens, on aimerait bien votre avis :

👉 Votez ici pour le nouveau nom de TTFO 👈

Bisous,

Sev

CDLT

Par Séverine Bavon

Ancienne employée, dirigeante d’une entreprise dans le freelancing, j’aime mettre les pieds dans 1/ le plat 2/ les évolutions du monde du travail. Je m’attaque, toutes les deux semaines, à un sujet lié au taf qui pose problème, qui m’énerve, ou qui devrait changer, avec une verve de tenancière de PMU et des sources académiques.

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