Kessel

La douille avec le télétravail

Plus on est de fous plus on remote

CDLT
3 min ⋅ 29/09/2022

Publié initialement le 18 juin 2021

Le 5 décembre 2019.

Ça vous rappelle rien ?

C’est le jour où la plupart des boîtes (parisiennes) de notre secteur ont découvert le télétravail.

À l’époque tout le monde avait à peu près préparé le terrain avec des boucles de mails à toute l’agence histoire de prévenir qu’exceptionnellement, et pour quelques jours seulement, on tolèrerait le télétravail pour celleux qui avaient des difficultés à se déplacer.

Résultat ?

Quasi-personne dans les couloirs au bureau. (En même temps c’est le concept du remote...)

Tous·tes les boss en PLS.

“Regarde il y a personne en PB. Machin répond pas à ses e-mails depuis une demi-heure. Truc habite à 30min à pieds du taff il aurait clairement pu venir.”

Un an plus tard quasiment jour pour jour, les mêmes postaient des photos de Zoom à 150 pour montrer à quel point les boîtes du secteur avaient su se mettre au remote en quelques jours à peine.

#soagile

#oneteam

Et depuis quoi ?

Depuis, tout le monde s’est dit qu’en vrai c’était peut-être débile de garder des locaux immenses dans des quartiers trop chers de Paris. Surtout quand beaucoup de salarié·es veulent déménager à Bordeaux, à Marseille, à Biarritz, à Lyon ou à Lille pour vivre dans plus de 30m2 pour 1000€ de loyer.

Oui, on peut réduire la taille des locaux et payer moins de charges.

On peut aussi arrêter d’augmenter les gens parce que la vie leur coûte moins cher en dehors de Paris.

On peut peut-être même arrêter les tickets resto ou ne pas les proposer à ceux qui allaient à la cantine avant.

Vous la sentez venir la douille ?

Bien sûr que le remote permet d’alléger certaines charges importantes pour les boîtes. Franchement, vue l’épaisseur des marges dans l’industrie créative, TANT MIEUX. Mais voir le télétravail comme une opportunité qui permet SURTOUT de réduire les coûts c’est une sacrée connerie.

Pourquoi ?

Entre autres…

  • Parce que même loin des yeux, les télé-travailleurs restent des salarié·es qui peuvent prétendre à un minimum de prise en charge, type : le remboursement d’un fauteuil de bureau OK pour éviter de se péter le dos sur une chaise pliante. On parle même pas de passer un 2ème écran en note de frais ou un abonnement de co-working pour être plus à l’aise, quoique…

  • Parce que même si ils ne peuvent pas aller à la cantine le midi, ils mangent les gens. Et ouais… Donc ça ne paraît pas non plus aberrant de mettre en place des tickets resto pour compenser.

  • Ah et puis parce que, on l'a tous·tes vu sur notre relevé EDF, le truc auquel on n’avait pas pensé c'est que, d'un coup, de l'électricité au PQ en passant par une fibre de qualité, les charges des télétravailleurs ont augmenté en flèche avec le temps passé à la maison.

  • Parce que tous les trucs importants de la vie de salarié·e comme les formations, les talks, les séances de sport, les activités du C.E. se passent souvent au siège, et qu’investir pour les rendre accessibles à tous·tes, partout, c’est pas débile non plus.

Bref, si l’on ne veut pas que la distance physique devienne un grand fossé qui isole celleux qui optent pour le remote va falloir sortir un minimum le chéquier.

Sans quoi ce sera un modèle à deux vitesses. Avec les Parisiens et les autres.

Comme avant quoi.

Bisous,

Romain

CDLT

Par Séverine Bavon

Ancienne employée, dirigeante d’une entreprise dans le freelancing, j’aime mettre les pieds dans 1/ le plat 2/ les évolutions du monde du travail. Je m’attaque, toutes les deux semaines, à un sujet lié au taf qui pose problème, qui m’énerve, ou qui devrait changer, avec une verve de tenancière de PMU et des sources académiques.

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