
Publié initialement le 14 octobre 2021
Le terme “ghoster” est déjà entré dans notre langage quotidien. En attendant sa francisation par l’Académie Française (vous l’aurez lu ici en premier, on parie sur “fantômer” , “spectrer” ou “chimériser” voire même “chinériser” car l’Académie aime les mots-valise), il est temps de parler d’un sujet important : le débordement de l’enfer Tinder dans le monde professionnel. Parce qu’il faut se l’avouer, on est tous coupables et victimes de ce phénomène à la fois, et qu’il faut que ça cesse.
Le ghosting
On a tous·tes été des deux côtés du ghosting. Ça commence par un bon match. Des échanges prometteurs. Le courant passe bien, c’est rare, on se prend à y croire : ce second date (en termes pro : ce pitch/ce brief/cet entretien/ce go prod), va arriver sous peu, c’est une question de quelques jours, allez quelques semaines, c’est impossible que ça ne se fasse pas, l’étincelle est là. Et puis soudain plus rien. Mais rien. Rien de rien. De rien de rien. Les relances se font insistantes, suppliantes, puis le·la ghosté·e décide de préserver ce qu’il lui reste de dignité et de laisser tomber. Mais ça fait mal. Et la question persiste : pourquoi ?
Côté ghosteur·se, les raisons sont nombreuses : peur de blesser, changement d’avis, gêne, mélange de honte et de rien à foutre.
Une solution pour ne pas ghoster ? Un peu de courage et 5 secondes de son temps. Même un petit mot vague et flou pour dire que c’est fini, et que “c’est pas toi c’est moi”, c’est mieux que rien.
Le breadcrumbing
(suggestion pour l’Académie : “L’émiettage”) Le nouveau concurrent du ghosting, plus pernicieux. Là, on ne se parle pas d’ignorer quelqu’un complètement, mais de lui donner des petites miettes d’attention pour maintenir le lien et le·a rendre accro, sans que ça ne donne jamais rien au final. Dans le dating, c’est un red flag ultime des manipulateurs/phobiques de l’engagement. Dans la vie pro, c’est souvent le fait d’une personne qui a lancé un projet, fait de grosses promesses, mais qui n’a pas le pouvoir de décision et attend un milliard de retours/infos/changements/budgets qui ne dépendent pas d’elle.
La solution pour ne pas breadcrumber? La trans-pa-rence. Indiquer d’emblée si un projet est 100% certain ou pas encore, et les étapes à venir. Idéalement dans ce second cas, ne pas le lancer.
Le haunting
(suggestion pour l’Académie: “La hantise” ça existe et ça marche bien) C’est quand, après un ghosting, la personne continue à se manifester indirectement. Par exemple, en likant vos posts Insta, en matant vos stories. Elle est pas là, mais elle est là. Dans le monde pro, c’est la personne qui vous a ghosté·e MAIS qui vous a inscrit·e dans les destinataires de sa newsletter ou lâche un petit like tellement vite après votre post que vous soupçonnez que c’est un bot.
La solution pour ne pas haunter? Si vous en êtes là, on peut plus rien faire pour vous.
Le benching
(suggestion pour l’Académie: la “mise sur la touche”) Ça, c’est quand on met quelqu’un sur le banc pour se le garder en réserve en temps de disette. On matche avec 12 personnes, on fait quelques dates, on en privilégie une ou deux mais avec les autres on maintient le lien, souvent à coup de breadcrumbing, alors qu’elles sont clairement un plan B. Le benching, c’est les pitchs à 15 agences, dont quatre “outsiders” qui n’ont pas du tout le profil.
La solution pour ne pas bencher ? Je sais pas, le respect ?
Le cuffing
(pour l’Académie, “menottage” ou “hivernage”). Ça c’est le moment de l’année où, généralement avant l’hiver, par peur de se retrouver seul·e, certain·es se lancent dans une recherche frénétique de quelqu’un avec qui passer l’hiver. Ça, dans le monde pro, c’est deux périodes : juste avant l’été, et juste avant Noël, où mille projets se lancent, les prestas bossent sur les vacances et à la rentrée, finalement les plans ont changé.
La solution pour le pas cuffer ? Ne pas cuffer.
C’est pas si compliqué, si on s’y met tous on peut gagner du temps,
Bisous
Sev

