La confiance en soi, un concept en carton

Un peu de franchise sur le manque d'assurance

CDLT
12 min ⋅ 29/10/2026

🔗 Point CDLTverse : 📚 Mon livre, Ciao les nazes 🎙️ La version audio de l’épisode sur le podcast CDLT sur toutes les plateformes 🤳 L’insta de CDLT 🛍️ La boutique CDLT

💶 Point soutien de la création : on est à 326 € ce mois-ci sur le Tipeee de CDLT, merci vous êtes formidables. Entre-temps, y’a d’autres gens qui me soutiennent tous les mois depuis 6 mois : Bree, Iris VOUS ÊTES SUPER, merci.

🎙️ Point Radio Moquette : premier épisode dans la boîte ! Ça sort en janvier ! Dans ce formulaire, vous pouvez me raconter vos anecdotes les plus WTF du monde du travail pour que j’en fasse peut-être un épisode. Merci aux personnes qui ont envoyé des trucs, vous êtes super.

🎤 Point spectacle : si ça vous dit de me voir raconter des trucs sur une scène, il y a deux options :
- venir, le 7 décembre à Paris, au spectacle de Voxe où 8 meufs badass et moi on raconte des trucs de nos vies qui donnent envie d’avoir envie.
- regarder sur Youtube la capta de ma conférence-spectacle chez Profession’L à Nantes, pour laquelle je remercie Thomas et toute l’équipe. Dispo, sur ce sujet ou un autre, pour vous faire rire jaune sur le travail lors de vos séminos, événements d’entreprise, lunch breaks de coworking ou anniversaires de mariage (pas de jugement).

Ça fait un bail que j’ai envie de parler de la confiance en soi.

J’ai le sentiment que c’est pas très net, ce truc.

Dans le taf, c’est à la fois une injonction (“il faut que tu aies plus confiance en toi !”), une qualité (“Jean-Kévin il marche bien en clientèle, il est sûr de lui”), mais parfois aussi un défaut quand y’en a trop au goût des gens (“disons qu’elle a vachement confiance en elle”) (le genrage est volontaire, évidemment, pour cause de double bind : les femmes sont pénalisées quand elles sont assertives, mais sous-valorisées quand elles sont douces et chaleureuses), c’est aussi un prisme d’évaluation (“ce qui te bloque, c’est que tu manques de confiance en toi”) et un truc clairement pas distribué également entre tout le monde.

Mais parler confiance en soi sans virer dans le dev perso, je voyais pas comment faire. Jusqu’à ce qu’en regardant Les idées larges, sur Arte (un des nombreux trucs qui renouvellent sans cesse mon amour immodéré du service public de l’audiovisuel), dans une interview qui n’avait rien à voir, je sois arrêtée net par une phrase prononcée par la sociologue Eva Illouz :

“Le manque de confiance en soi est un problème sociologique et non psychologique.”

Paf. Crac-boum dans ma tête.

De ces crac-boums que je n’arrive pas à m’expliquer, mais qui augurent d’un truc qui vaut le coup d’être exploré. Et autant, ça fait un moment que j’y pense, autant, j’ai envie de le faire maintenant, pour des raisons hautement personnelles que je vais vous expliquer après.

La confiance en soi, c’est un truc intime non ?

Instant non-définition. Bon avant de démarrer, je vais être franche, moi la différence entre l’estime de soi (qui serait l’opinion qu’on a de soi-même) et la confiance en soi (qui serait la confiance en ses capacités), j’ai jamais capté. Vraiment. On m’a déjà dit “non mais ton problème c’est pas la confiance en soi c’est l’estime de soi”, avec le petit silence après pour laisser infuser le breakthrough… Et non hein. Rien. Plus trou que break. Pour moi c’est la même chose, ou alors c’est lié, ou alors c’est juste une version au repos et une version en action. Donc je vais faire hurler plein de gens, je pense, mais je vais les mettre dans le même sac, bien secouer, et le lancer sur mon épaule en un gros baluchon pour entamer l’ascension de la montagne qui nous attend.

Donc. Quand Eva Illouz dit que la confiance en soi est sociologique et pas psychologique, elle dit quelque chose qui va à l’encontre d’absolument tout ce qu’on pense aujourd’hui quand on prononce l’expression.

S’il fallait décrire la façon dont on imagine la confiance en soi, je dirais que c’est une forme de capital (faites-moi penser d’y revenir). Soit on en a suffisamment, soit on n’en a pas assez, mais heureusement, si on n’en a pas assez, on peut l’acquérir. Pour ça bien sûr, il faut investir. Thérapie, coaching, bouquins de dev perso, retraites, bootcamps, applis, mantras, méthodes. Qu’on ne s’inquiète pas, il est possible d’échanger de l’argent contre de la confiance en soi. Et pas seulement possible, mais souhaitable, parce qu’askip, la confiance c’est le préalable à toute forme de succès. Si on n’a pas le temps, l’argent ou l’énergie de faire fructifier ce capital, ben que voulez-vous, c’est qu’on n’est pas assez engagé·e dans son propre épanouissement.

C’est comme ça qu’on en arrive à entendre la phrase “il faut que tu prennes confiance en toi”.

Ah tiens, en l’écrivant je découvre que j’avais un stock de rage insoupçonné, je vous le dépose là :

Cette phrase, c’est un combo parfait de tout ce qui m’énerve. Elle me donne presque la même réaction épidermique que “Dis-nous ce qu’on peut faire pour t’aider” car elle est à peu près aussi injuste. Cette phrase, déjà, est aussi inutile que quand les gens regardent les autres fumer et disent d’un ton paternaliste : “tu sais, tu devrais arrêter c’est mauvais pour la santé”. Ah bon ? Vraiment ? C’EST NOUVEAU ? J’EN AVAIS JAMAIS ENTENDU PARLER. C’EST PAS COMME SI C’ÉTAIT ÉCRIT SUR LE PAQUET EN DESSOUS D’UNE IMAGE DE GORGE TROUÉE. AH BEN TU SAIS QUOI, TU VIENS DE ME FAIRE PASSER D’UN COUP D’UN SEUL UNE ADDICTION SAVAMMENT ORCHESTRÉE PAR DES MULTINATIONALES QUI DÉPENSENT DES MILLIARDS POUR RENDRE LE TABAC DÉSIRABLE ET QUI FOURRENT DEDANS DES SALOPERIES QUI ME RENDENT ACCRO, DANS UN MONDE TELLEMENT MERDIQUE QUE PARFOIS, MÊME SI JE CULPABILISE ÉNORMÉMENT DU POGNON ET DES ANNÉES DE VIE QUE ÇA ME COÛTE, UNE CLOPE EST MA SEULE PETITE BOUÉE DE DOPAMINE NON LIÉE AU SCROLLING DANS UNE JOURNÉE DE MERDE. Ensuite, c’est aussi inefficace que quand une personne, qui est en train de performer sur nous une manoeuvre génératrice de stress (type personne en blouse blanche armée d’un objet tranchant en surplomb sur notre bouche maintenue grande ouverte par un objet froid) nous dit “allez… détendez-vous”. AH BEN PURÉE HEUREUSEMENT QUE VOUS LE DITES J’Y AVAIS PAS SONGÉ, BON BEN TOP ALLEZ COOL DU COUP JE ME DÉTENDS HEIN. Enfin, c’est aussi impossible que les recommandations de type “Soyez naturel·le” et “Respirez normalement”. CAR COMMENT VOULEZ-VOUS QUE JE FASSE UN TRUC NATURELLEMENT SI JE DOIS ME CONCENTRER DESSUS ? S’IL SUFFISAIT D’Y PENSER POUR Y ARRIVER, ÇA SE SAURAIT.

Bref. Je me calme. Ce que je veux dire, avec tous ces mots en capitales, c’est : les personnes qui n’ont pas confiance en elles sont au courant, merci. Elles ont déjà pensé à l’idée de “avoir confiance en soi”. Chaque jour. À chaque instant. A priori, si elles ont pas réussi à date, c’est que c’est peut-être… pas si simple ?

Mais surtout, et c’est là que c’est intéressant… et si c’était pas seulement dépendant d’elles ?

D’où ça vient, le manque de confiance en soi ?

Bon, allez on va évacuer en deux-deux le fameux “leurs parents ne les ont pas assez aimé·es”. Parce que oui, dans mon travail poussé de recherche, j’ai cliqué pour vous sur les 3 premiers liens de Google pour “manque de confiance en soi”, et bingo, je vous copie-colle les résultats de mon deep dive de 35 secondes :
1/ “Les fondations de notre estime de soi se construisent durant l’enfance”
2/ “L’origine du manque de confiance en soi peut venir de l’éducation”
3/ “les fondements d’un jugement positif de nous-même, notre capacité à penser et à prendre des décisions, sont posés dès le premier âge”.
Voilà, ON L’A L’EXPLICATION ! Emballé c’est pesé.

Loin de moi l’idée de dire que l’enfance et l’amour des parents n’ont aucun impact sur les gens. J’ai moi-même un petit sillage de thérapeutes qui peuvent témoigner du contraire. Mais. MAIS.

Est-ce qu’on peut alors m’expliquer pourquoi :

Et puis elle est vachement plus présente chez les hommes c’est marrant. À croire que de grandir dans un monde où on interprète différemment les pleurs des filles et des garçons (les garçons sont en colère, les filles effrayées), où dès la maternelle les instits passent 2/3 du temps avec les garçons (ou ont 56% d’interactions avec les garçons contre 44 % avec les filles selon d’autres sources), où on pousse les garçons vers l’extérieur et on fourre un poupon dans les bras des filles en leur disant de rester bien sages, où dans les manuels de CP, les femmes représentent 40% des personnages (70% de ceux qui font la cuisine et le ménage et 3% des personnages occupant un métier scientifique), où les garçons ont deux à trois fois plus de temps de parole que les filles, où les adolescentes ont 2,5 fois plus de risques de se faire harceler dans la rue, et 1,56 fois plus en ligne que les garçons, où sur les bulletins scolaires les filles sont “appliquées” et les garçons “intuitifs”, eh bien peut-être que PAF ça fait des meufs qui ont moins confiance en elles. C’est drôle ça.

Donc en fait oui, peut-être que ça vient notamment de l’enfance. Mais peut-être que ça vient moins de causes psychologiques que de causes sociales et contextuelles.

Et comment ça s’entretient, le manque de confiance en soi ?

À l’âge adulte, la question de la confiance en soi vit son évolution Pokémon. Enfin, surtout son rebranding. Elle devient le “syndrome de l’imposteur”, cette impression d’avoir usurpé sa place, de devoir ses réussites à la chance et surtout, cette sensation tenace qu’un jour, quelqu’un découvrira la supercherie.

J’en avais fait un article entier, et parce que j’essaie d’apprendre à respecter davantage votre temps, voici où j’en arrivais. En fait, chaque jour, le monde nous donne un paquet de raisons de nous sentir pas ouf :

  • Parce qu’on peut se comparer en permanence aux réussites des autres, fièrement affichées à grands coups de photos mises en scène pour être “naturelles” et de posts en sauts de lignes

  • Parce que les gens qui cartonnent ne parlent pas de quand iels doutent, faites-moi penser d’y revenir

  • Parce que parfois, on manque de reconnaissance : dans plein de boîtes, malgré l’explosion des metrics, on fait des jobs dont on ne sait pas bien toujours à quoi ils servent, et où personne ne sait/dit quand notre travail est bien fait, et où on préfère augmenter les objectifs pour inciter à faire mieux

  • Parce que le manque de confiance est un business : à la fois pour les vendeurs de solutions miracle, mais aussi pour les employeurs, pour qui une personne qui cherche constamment à prouver sa valeur peut être vachement plus facile à corvéer

  • ET LAST BUT NOT LEAST, parce que parfois, on se sent illégitime car on nous traite comme tel·le : parce qu’on est trop femme, trop racisé·e, trop pas du bon milieu pour correspondre à l’idée qu’on se fait de la personne compétente. Là où c’est vicieux, c’est que c’est rarement ouvert : ça se niche dans les remarques qu’on glisse, les voix qu’on ignore, les compétences qu’on promeut, les agendas qui s’adaptent aux uns et pas aux autres, les oublis dans la boucle, et même jusqu’aux lieux conçus pour d’autres que nous. Et quand on finit par se demander si on est à sa place, on nous répond : “syndrome de l’imposteur”. Coco, c’est pas NOUS qui discriminons, c’est TOI qui te sens pas à ta place, provoquant par là-même le fait que tu n’es pas à ta place. CQFD (Ce Qu’il Fallait Démonter, je vais m’y employer).

Et c’est ça qui m’énerve, dans ce diagnostic automatique : on renvoie, encore et toujours, la personne à sa propre psychologie plutôt que de s’interroger sur ce qui l’a menée à douter d’elle-même. C’est ce que critiquent Shani Orgad et Rosalind Gill dans Confidence Culture : cette injonction à transformer les difficultés rencontrées en un chantier permanent d’amélioration de soi. Tout cet impératif contemporain qui incite les gens qui doutent, et notamment les femmes, à s’aimer et croire en soi pour réussir. Because you’re worth it. Elles expliquent qu’en plus d’individualiser les problèmes systémiques, ce discours force les personnes à l’auto-surveillance permanente, TOUT en les culpabilisant. Et paf, un cercle vicieux dont il est bien compliqué de sortir.

L’instant nombril

J’avais cet article, écrit à moitié, dans les cartons digitaux depuis un moment. Mais si j’ai envie de le poster maintenant, c’est pour des raisons un peu intimes. Et comme à chaque fois que je me lance dans un sujet un peu intime, sachez que chacune des lignes que vous lisez à partir de maintenant a été écrite avec supplément sueurs froides et peur de déranger.

Mais voilà, j’ai eu une petite baisse de confiance ces dernières semaines.

Pour vous donner l’historique en termes mesurés, disons qu’une grande partie de ma vie, disons jusqu’à une trentaine très très tapée, sur le spectre de la confiance en soi, j’étais beaucoup plus proche de Neville Londubat que de Donald Trump. Genre je me trouvais nulle les bons jours, nulle, conne, moche, incapable et vouée à l’échec les mauvais jours. J’étais persuadée que tout le monde me détestait, que les gens qui me trouvaient forte ou m’aimaient seraient déçu·es un jour, et j’étais limite impatiente que ce jour arrive parce que l’attente était un supplice. Je me sentais menacée par toute personne talentueuse. Je m’auto-insultais en permanence. Je revivais chacune de mes erreurs des centaines de fois. Je fermais ma gueule en réu, je fermais ma gueule dans la rue quand un mec m’emmerdait, je fermais ma gueule quand on se foutait de moi, parce qu’au fond, j’étais persuadée que c’était un peu ma faute. J’arrête ici la description, vous l’avez.

Puis c’est allé mieux. Pas d’un coup. Au fil long et tortueux de nombreuses années, et je serais bien incapable d’expliquer comment, si ce n’est en mobilisant un combo de thérapie, de coaching, d’un entourage aimant et bienveillant, de réussites objectives, d’échecs surmontables et d’un univers de travail safe (= ma boîte, chez moi). Je dédie une séquence entière à l’autre explication, parce que ça mérite : je pense que CDLT a été un moteur essentiel, vital, actif, puissant dans ce process. Et quand je dis CDLT, il y a bien sûr la joie de me sentir exactement à ma place quand j’écris, mais il y a surtout : vous. Vos retours. Tous. Du fait d’ouvrir ce mail bimensuel aux likes, messages, commentaires, soutiens, et même au fait de vous voir vous déplacer quand je vais parler quelque part. Sachez que là, les sueurs froides s’accompagnent de frissons. Vous n’avez pas idée de la force que vous me donnez chaque jour, mais aussi de celle que vous m’avez donnée, durablement, dans le temps. De cette solidité que vous m’avez aidée à construire. Pour aller de l’intime à l’impudique, sachez que j’en ai parlé à ma psy, récemment, assorti bien évidemment d’un peu de doute (car c’est pour ça qu’on paye), en lui disant “Oui mais est-ce que je dépends pas trop des retours des gens, justement, pour tenir debout ?”. Et ce que cette grande femme a répondu, c’est : “On vit dans un système. On est forcément en interaction avec les gens. Moi j’y vois surtout le signe que vous êtes exactement à votre place”. Les poils. C’est pour ça qu’on paye aussi.

Puis, récemment donc, c’est allé un peu plus mal. Pas beaucoup plus mal hein. Mais j’ai retrouvé le petit filtre couleur merde familier. J’ai retrouvé les doutes, la peur de m’exposer, l’impression d’agacer les autres, cette membrane entre ma fragilité et le monde devenue si fine qu’elle se casse pour un rien. Ben c’était nul, je peux vous le dire. Et je crois que parmi les nombreux déclencheurs, il y a eu deux posts Insta que j’ai écrits sous la colère, parce que le débat de la présidentielle au Medef m’a radicalisée. Celui-là, et celui-là. Des posts qui faisaient une chose que l’algorithme adore : provoquer du clash. Dans les deux cas, quand l’algo s’est mis à pousser les posts hors de mon cercle habituel, j’ai cessé de lire les commentaires (réflexe de protection), mais je n’ai pas pu louper certaines notifs. Moi qui avais, jusque-là, la section commentaires la plus wholesome d’Instagram (non mais vraiment, souvent il y a des débats de gens pas d’accord qui finissent par se remercier pour la cordialité de l’échange en disant que c’est rare) (alors que revoilà les frissons), j’y ai vu des gens se déchirer. Des personnes énervées sont venues me rabattre le caquet fermement en MP. L’un des derniers commentaires que j’ai vus passer disait, simplement “Taisez-vous !!!” (accréditant ma théorie sur les hommes qui veulent faire taire les femmes).

Et purée, j’ai beau avoir tenté de me tenir à distance, et savoir que justement, me faire taire, c’est le but… Ben ça m’a fait taire, hein. J’ai eu du mal à poster ensuite. Je délaisse LinkedIn depuis des semaines. Je me suis mise à guetter, chez les gens qui m’entourent, tous les signes que je les faisais chier, que j’en faisais trop, que je les saoulais, que j’abusais.

Je me suis dit que j’étais pas faite pour ça. “Ça” étant une chose floue, qui se résumait en gros à “parler publiquement”. Ce qui est chiant, vu que c’est quand même un peu le cœur de mon activité en ce moment.

Et là, je crois que c’est en train de re-aller mieux. Je vais commencer par tenter d’expliquer pourquoi, avant d’expliquer ce que j’en ai tiré.

Le pourquoi, il tient au combo thérapie-coaching-entourage que j’ai cité précédemment, déjà. Et puis à vous. À ma conférence à Nantes où, par votre présence et vos attentions, vous m’avez apporté plus que vous ne le pensez. Où vous m’avez rappelé que ce que je fais, eh bien ça touche vos vies.

Et j’ai aussi sorti l’artillerie lourde. Ahem, c’est un peu gênant. L’artillerie lourde, c’est un dossier Drive, appelé “Fleurs”. Faut que je vous explique. Un jour il y a fort longtemps, j’ai vu un médecin du travail pour la famosa visite de contrôle, là. Dans un sous-sol, pas une once de lumière naturelle, un petit monsieur avec des lunettes quintuple-foyer, qui m’a parlé posture et siège ergonomique évidemment, et à qui je ne sais pas comment, j’ai lâché que j’avais pas confiance en moi. Il m’a dit : “La confiance en soi, c’est comme un sac à dos. On y amasse des petits cailloux quand on réussit des choses sur le chemin. Mais parfois, le sac est troué, et on retient pas les cailloux”. Je crois que cette phrase a, à elle seule, justifié le pipi humiliant dans la coupelle. Ce que j’en ai tiré, c’est que mon sac était effectivement troué à l’époque, comme il l’était ces dernières semaines quand je ne regardais que LE commentaire insultant au milieu des 50 commentaires adorables. Et bien… c’est gênant… mais depuis que j’ai vu ce médecin, je crée des Drive, qui me servent de patch pour rafistoler le sac à dos. Quand je taffais, mon dieu c’est ridicule, j’y mettais les screenshots des retours positifs que j’avais sur mon taf. Pour les relire quand je me sentais merdique. Pour ne pas laisser le nuage de doute obscurcir les trucs concrets. Et quand j’ai publié Ciao les nazes… j’ai créé un dossier “Fleurs” pour y mettre tous les retours que vous m’avez faits sur le bouquin, en prévision des humeurs pluvieuses. Voici un aperçu de ce qu’il contient.

Les poilsLes poils

Voilà. C’est un traitement de choc, que je n’utilise qu’en cas d’urgence. Mais il fonctionne. Et doucement sortir de cette phase pétée m’apprend quatre trucs, je crois.

  • Oui, la confiance en soi est contextuelle. J’ai la chance d’évoluer, aujourd’hui, grâce à CDLT, grâce à vous, dans un contexte où ce que je fais vous rencontre, et où vous avez la générosité de me le dire. Pour ça, merci du fond du cœur. Mais de là à aller dire aux autres “si j’ai réussi à prendre confiance en moi, vous pouvez aussi y arriver”, vraiment, j’ai du mal. Pas parce que c’est impossible, mais parce que c’est pas si facile. Travailler sur soi, ça aide bien sûr, mais ça ne suffit pas sans un contexte relationnel, professionnel, amical, financier qui aide. C’est possible, mais ça prend du temps, c’est lent et complexe, bref, y’a pas de recette miracle.

  • Oui, une visibilité qui grandit, c’est forcément plus d’exposition, et donc plus de violence, surtout quand on est une femme. Je le sais, je le crains, et je tente de m’y préparer. Mal, à date. Mais comme je veux continuer à faire ce que je fais, plus que tout, eh bien c’est livré en package. C’est injuste, mais j’essaie de le voir comme le signe que les choses avancent.

  • La colère pure et les clashs, c’est pas ma DA. Quand je fais des posts qui buzzent pour les mauvaises raisons (= parce qu’ils titillent l’algo qui aime jeter du contenu clivant en pâture aux gens pas d’accord pour créer de l’engagement à tout prix, y compris au prix de la santé mentale des gens qui créent du contenu et d’un peu plus de polarisation), ben franchement, je kiffe pas. Je pense que je peux partager exactement les mêmes idées avec la nuance et la vulnérabilité qui me caractérisent. Je pense que c’est comme ça qu’on fait réfléchir les gens pas d’accord. En tout cas, c’est comme ça que j’ai envie de m’adresser aux gens pas d’accord.

  • J’ai projeté de la win ces derniers temps. Parce que j’en ai eu besoin bien sûr, parce que c’est ça, une promo de bouquin, et c’est ça aussi, une prospé d’indépendante. Mais au passage, je suis un peu devenue l’une de ces personnes à qui je reprochais, avant, de ne parler que des succès et pas des doutes. Et je réalise que projeter uniquement du succès, d’une part, c’est injuste envers les personnes qui lisent, parce que ce n’est pas la full picture, et d’autre part, ça ne me protège pas. Ça donne l’impression que je suis sur-résistante et invulnérable. Ça peut donner envie de m’attaquer, ou a minima faire croire que je résiste à tout. Ben pas des masses. Cet article est donc un peu ma première tentative de rééquilibrer le bail, et de donner une image un peu plus complète de la personne que je suis en cette fin 2026.

Eh ben voilà, j’ai sué hein.

En bref

Vous savez quoi. Je crois qu’on ne se pose jamais une simple question : pourquoi il faudrait avoir confiance en soi ?

Non mais, vraiment, je rigole pas. Il nous semble acquis que la confiance en soi est nécessaire, point. Que c’est une qualité, voire un avantage. Un capital, quoi.

Alors sans aucun doute, c’est agréable. Ça rend la vie plus facile. Mais à quel moment on a décidé que c’était un prérequis pour ouvrir sa bouche, donner son avis, créer des choses, proposer une idée, demander à être payé·e correctement ? Pourquoi il faudrait ajouter, à toutes les compétences nécessaires pour faire quelque chose, celle d’être intimement persuadé·e qu’on est la bonne personne pour le faire ?

On a créé un monde où la confiance en soi est considérée comme bonne en soi, et où, en retour, on nous la vend, on nous l’impose, on nous force à l’apprécier, et on la promeut et la met en avant. En fait, la confiance en soi est une exigence capitaliste. Les mots sont lâchés.

Moi je suis comme Anne Sylvestre, j’aime les gens qui doutent, les gens qui trop écoutent leur cœur se balancer. Car je crois que les gens avec des failles sont aussi des gens qui savent être lucides. Les gens qui plaquent leur assurance à la face des autres sans jamais laisser entrevoir leur vulnérabilité m’emmerdent. Les gens qui sont arrivés le 18 octobre à midi avec un avis tranché, ferme et définitif sur le 17 au soir m’inquiètent, même quand je suis plutôt d’accord avec. J’aime bien les gens qui laissent les choses flotter avant de se faire un avis.

Je crois que le monde serait plus simple, plus doux, et moins terrifiant si, au lieu de leur gueuler qu’il faut qu’ils changent, on écoutait un peu plus les gens qui doutent.

CDLT,

Sev

🏄 LE BOARD DE CDLT

Un très GRAND merci à toutes les personnes qui soutiennent CDLT sur le Tipeee, et notamment aux membres du Board :

Denisb : Scrum Master Poulet

Quentin : Chief Happin’hess officer

Audrey - Grand Theft Auto : Vice President

Emma - Director of AI Caramba

Tom - CBO (Chief Bullshit Officer)

Jules - Renault Traffic Manager

Sarah - Responsable de l’Éthique Tok

Danaé - Gestionnaire de Patri…cia Kaas

SailingDodo - Déchargé de clientèle

Clémence - Head of Data Yoyo

Aurélia - Growth Hacker de boeuf

Johana - Chief AIL Officer

Agnes - Présidente-Directrice Grève Générale

Cécile - Chief Digital and Manual Officer

Hélène - Head of Culture, Permaculture, Viticulture and Contreculture

MJOLN - Directrice de Cabernet

Md - Chief Revenue et Repartie Officer

Lauren - Chief Illegal Officer

Nicoquillet - Financial TripAdvisor

Emilie - Head of Asocial Media

Jean-Marc - Head of Accounting and Accountability

Boris - Partner social

Wwahya - Director of Superhuman resources

Dodoparadisco - Coach agile de la Tourette

Marie-Cécile - VP of Chaos Debout Management

Céline - VP of Discontent Strategy

Nacha - Lead Eve Angelist

Iris - Director of Capital Go With The Flow Strategy

M - Responsable de la Création de Valeur pas Actuelle

Agathe - Chief cinq asset management officer

Pauline - Venture Caïpitalist

AlexP - Head Account of Monte-Cristo Manager

Thael - CEO, EMEA and YMCA

Adina - Majority Chairdepoule-holder

Ninacaramel - Vice President of Sales (& Propres)

Safiler - VP, Investor et à Travers Relations

David - Principal, Early Stage Investment & Late-stage capitalism

Adeline - Senior Advisor, Special Situations, Common Situations, All Situations

AnneKer - Limited partner, Limited Patience

T.J.N - Managing Partner, Impact in 3, 2, 1

Édouard - Senior Advisor, Distressed Assets & Relaxed People

Legnaflow - Head of Risk & La Bonne Paye Exposure

Astrid - Executive Fantasy Director

Philothée - Head of Trade Génie

Eléa - Chief Non-Compliance Officer

Sophie - Trust Manager, Trust Issues Solver

Antoine - Head of Very Alternative Investments

Camille - Head of Lose and Loose Change

Treplev33 - Adventure Capitalist

Xtrava - Executive Director, Decelerator Program

Laurent - Business Angel Hydroalcoolique

Antho - Head of STONKS

Lorefine - VP Passive-aggressive Income

Romane - Director of Operational and Emotional Excellence

Caro - Vice President of Virtue

CyrilD - Head of Shoulders, Knees and Toes

Argonythe - Vice President, Global Smooth Operations

Valentin - Senior Financial Interior Architect

Sarah - Head of Cash-cashflow

Roxane - Sonic the Hedge Fund Manager

CamilleDnl - Manager of Outside Trading

Aude - Unlimited Partner

Nico - Chief Baby-loan Officer

Frédéric - Senior Vice-President of Prem's

Claire B - Armchairwoman

Nolwenn - Chief of Stuff

Stef - Senior Partner of Pichenette

Dreeckan - Managing Partner, Surreal Estate

Hfovel - Manager Of Financial Oversight (MOFO)

Atelierbfl - Global President of Camembert

Vincent - Chief Destructuring Officer

Sophie - Associate VP of Chill, Chile and Chili con carne

DelphineDBO - Holding My Beer Head Manager

Florent - Head of Liquid, Solid and Gaseous Assets

Elise - Chief Vibes Officer

Justine - Director of Bonds, James Bonds

Alexis - WOW Effect Director

Catherine - Bête de mécène

Tia_mzz - Chairwoman Emeritus (Emerita ?)

Mathilde - Senior Analyst, Open Mic et Open to Work

Morgane - Partner, M&As & M&M's

Justicepoissons - Director of proprietary Trading Ding Dong

Laety - Partner, Private Equity, Justice and Fairness

Vous êtes vraiment super.

CDLT

Par Séverine Bavon

Ancienne employée, dirigeante d’une entreprise dans le freelancing, j’aime mettre les pieds dans 1/ le plat 2/ les évolutions du monde du travail. Je m’attaque, toutes les deux semaines, à un sujet lié au taf qui pose problème, qui m’énerve, ou qui devrait changer, avec une verve de tenancière de PMU et des sources académiques.

CDLT sur les réseaux

Séverine sur les réseaux