Kessel

(5/5) France Travail et la radiation cosmique

Série de l'été CDLT - Épisode 5 : ET ENSUITE ?

CDLT
18 min ⋅ 20/08/2026

❄️ Divers : Ciao les nazes est toujours dispo en librairiiiiie et EN AUDIOBOOK sur toutes les plateformes d’audiobook. Vous pouvez toujours me soutenir si vous voulez/pouvez sur le Tipeee de CDLT et un cœur avec les doigts à toutes les personnes super qui le font. La version audio de cet épisode est dispo dans le podcast CDLT partout.

📣 Et voici l’épisode final de la série de l’été CDLT !
Si vous voulez rattraper, 
l’épisode 1 est là et l’épisode 2 est là et l’épisode 3 est là et l’épisode 4 est là.

Où on en était : Bon. C’est quand même chelou toute cette histoire. Essence’ciel serait lié à un gros cabinet de conseil et aurait des… clients ? Qui attendent des… résultats ? Ça explique pourquoi Anne-Céleste est obsédée par Inès. Mais ça explique rien d’autre. C’est juste chelou. Après le casse et après avoir récupéré son téléphone, Louise retrouve son chargeur en évidence dans sa chambre. Ça aussi c’est chelou.

Après cet épisode, on reprend le rythme habituel d’un article toutes les deux semaines. Et si vous avez envie de lire les séries de l’été des années précédentes, les voici : À la recherche du time perdu / Qui a commandé du PQ 3 feuilles ?

Et à la fin de l’épisode, y’a des annonces.


Jour 4 (suite)

“Bon”, dit Inès.

Dernière clope matinale, dernier appentis, dernier ail, dernière caisse retournée.
Cette fois, Inès est avec nous, toujours en jean-chemisier, pieds nus dans la terre.
Elle nous a même taxé une clope. Elle n’a jamais fumé de sa vie, mais elle a eu envie d’essayer. En voulant nous détoxifier de force, Essence’ciel nous donne envie d’exactement inverse.
Pendant qu’Inès fume n’importe comment, on lui raconte les événements de la veille au soir, jusqu’au chargeur. 

Elle fait la moue : 

“Quand Anne-Céleste est sortie retrouver le mec, elle a vu que vous aviez pris les clés, donc elle s’est doutée que vous étiez là. Quand elle a dit que toi Louise, tu n’avais pas le choix avec ta fin de droits, c’était autant à toi qu’au gars, qu’elle parlait. Donc oui tu es grillée.”

J’en suis arrivée hier soir à la même conclusion, mais beaucoup moins rapidement.

“Rien de spécial dans ma chambre à moi”, intervient Jordan.
Il nous parle en restant rivé sur son téléphone. Ces jeunes.

“C’est cool”, je reprends, “ça veut dire qu’il y a des chances qu’ils ne sachent pas que tu es de mèche”.

De mèche ? C’est terrible. Plus je suis confrontée à quelqu’un de plus jeune que moi, plus je parle comme une vieille. À deux doigts de dire “zyva”.

“OK. J’ai besoin de silence, 2 minutes”, coupe Jordan.

Il met son téléphone à l’horizontale, et commence à filmer autour de lui. La maison. L’appentis. Le composteur. Le jardin. Il reste fixé sur chaque endroit une dizaine de secondes. La Gen Z et son besoin de tout documenter.

Satisfait, il range son téléphone dans sa poche, en lâchant juste : 

“B-roll”.

Aucune idée de ce qu’il raconte. Il reprend :

“Bon, les meufs, On a notre plan.”
Inès n’a pas l’air de se formaliser d’être une “meuf” alors qu’elle a 30 ans de plus que lui. Il résume :
“Louise, vu que t’es déjà grillée, l’enjeu c’est de ne pas trop te faire remarquer…”
Il y a un peu d’inquiétude dans sa voix. Comme si “ne pas me faire remarquer” était une compétence qui me faisait défaut.
“Inès… ça va aller ?”

Elle tire sur sa clope alors qu’elle est terminée. Je la découvre découvrir en live le goût du filtre brûlé. Une expérience initiatique. Elle jette le mégot avec dégoût, Jordan et moi on le recouvre de terre avec la force de l’habitude. Elle regarde la maison, le jardin, soupire :
“Ça ne va pas être facile, de faire celle qui change d’avis après 3 jours à les envoyer paître”.

Il s’avère que ça va être très facile.

Pendant le petit-déjeuner (bouillie de millet, compote sans sucre, résignation), je vois Jordan continuer à filmer discrètement autour de lui, par tranches de 10 secondes. À mon froncement de sourcil, il répond par un geste de la main qui signifie “t’inquiète”. Et en effet, je m’inquiète. Je m’inquiète de tout, depuis hier soir. Je guette chez Anne-Céleste un regard différent de d’habitude, un signe, un geste. Une preuve que ma radiation est proche. Mais elle m’ignore avec aplomb.

Comme il se doit, elle finit par se lever pour son annonce matinale.

“Ce matiiiin”, elle ânonne, “vous alleeez faire la plus beeeelle des rencooontres : celle de votre aveniiiiir”.

Elle sort un grand papier d’une grande poche de sa grande robe. Elle pose sa main sur son cœur, et annonce que nous allons désormais nous séparer en trois groupes, réunis par nos “énergiiiies”.

Sans surprise, je me retrouve dans un groupe de trois avec Inès et Pascal le mastiqueur. Jordan, le pauvre, tombe dans celui de Matilda et Sylvie. Mon groupe sera supervisé par Anne-Céleste, kilucru. Celui de Jordan, par Luna-Carine Girard qui a sorti son plus beau jogging beige. Alors qu’ils s’éloignent tous bien en rang, je vois Jordan filmer en scred la petite ardoise qui dit “silence conscient” au-dessus de la grosse cheminée.

Pascal, Inès et moi, on suit Anne-Céleste. Au passage, je jette un coup d'œil à mon téléphone. Un message de Philippe dans le groupe : 

“Allez champions, appuyez sur le champignon. Philippe”

La joie d’être pote avec Philippe, c’est qu’il y aura toujours quelqu’un pour dire des trucs de vieux encore pire que les miens.

En plein milieu de l’espace-ressource, il y a trois tapis en triangle autour d’un autre tapis au centre. Sur celui du milieu, pas de gong cette fois : juste une boîte de mouchoirs. Comme des petits moutons dociles, on s’installe en tailleur sur nos tapis sans qu’Anne-Céleste n’ait rien à dire.

On se regarde 30 bonnes secondes en chiens de faïence, puis elle prononce juste deux mots : 

“Et ensuite ?”

Elle savoure nos airs confus.

Puis, elle finit par nous expliquer le principe de l’exercice. C’est très siiiimple. Une personne “voyaage”. Les deux autres sont ses témoiiins. Le voyageur doit décrire sa vie dans un an si rien ne chaaange. Ce qui lui arrivera s'il ne trouve pas sa ressouuurce. Et les témoins ne peuvent poser qu'une seule question : “Et ensuite ?”.
Pas de conseil, pas de jugement, pas de réconfort. Juste “Et ensuite ?”. Pour aller toujours plus profoooond. 

En gros, on doit lâcher nos plus grandes angoisses, et les autres doivent nous pousser à chercher des angoisses plus grandes encore. Ça ne me dit rien qui vaille.

Personne ne veut se lancer. 

Anne-Céleste décide que c’est Pascal qui commence. 

“Ben... dans un an, si rien ne change... je serai chez moi, je pense. Au RSA. Je regarderai des trucs. Des vidéos sur Internet.”

Silence. Inès me regarde. Anne-Céleste me regarde. Il faut bien y aller.

“Et ensuite ?”, je demande, et je réalise que deux mots peuvent peser un âne mort. Un âne mort chacun. Deux ânes morts, quoi.

“Ben ensuite... pareil. Les journées se ressemblent. Le matin je me dis que je vais faire des choses, et le soir elles sont pas faites.”

Ça me fend déjà le cœur.

“Et ensuite ?”, demande Inès, très doucement.

“Ensuite ma fille arrête de m’appeler le dimanche, parce que j’ai rien à raconter. Alors c'est moi qui appelle. Elle décroche une fois sur deux, elle est occupée, c'est normal, hein, elle a sa vie. Et puis…”

On continue. Moi, j'ai les abeilles qui commencent à bourdonner, mais cette fois, c’est pas de la colère. C’est de la honte. Une belle honte bien sombre et bien poisseuse. Parce que son exercice de merde là, il arrive à la fois à faire de nous des victimes et des bourreaux. Il nous rend complices de la torture et c’est dégueulasse. J’ai envie de tout arrêter, mais Inès me fixe, avec un regard qui dit que c’est pas le moment de lâcher. Pascal vient de dire qu’il ne verrait sûrement pas grandir ses petits-enfants.

“Et ensuite ?” je crache, avec une très intense envie de gerber.

Et là, ce mastiqueur de l'enfer, cet homme dont je connais beaucoup trop intimement l’appareil digestif, ce grand bonhomme de cinquante-cinq piges lâche : 

“Et ensuite, je finis par mourir seul, sur mon canapé, en slip. Et on me retrouve une semaine plus tard, à cause de l’odeur.”

Et il fond en larmes. De grosses larmes d’enfant intérieur. Anne-Céleste se précipite vers lui pour le prendre dans ses bras, et lui susurrer ses conneries réconfortantes à l’oreille, pendant qu’on se regarde, un peu inquiètes, avec Inès.

Quand Pascal arrête de pleurer et qu’Anne-Céleste revient à sa place, elle annonce : 

“Inès ?”

Elle n’a plus de temps à perdre, cette vipère.

Inès se tient droite, bras croisés : “Dans un an, si rien ne change, je serai probablement en poste. Je retrouve toujours un truc.”

“Et ensuite ?”, lance Pascal, que je sens presque content de rendre la pareille.

“Ensuite je ferai le job. Je le fais bien.”

“Et ensuite ?”, je demande.

Elle hausse les épaules.

“Ensuite rien. Les journées. Les urgences. Rentrer chez moi épuisée, manger un plat préparé devant la télé…”

Elle s'arrête net. Ça pue ça pue ça pue.

Je tente le “Et ensuite ?” qui suit, en me disant que de ma part, c’est peut-être moins pire.

“Ensuite personne ne me demande comment je vais.” lâche Inès. 

Silence.

“Et ensuite ?”, lance Anne-Céleste depuis son tapis, et c'est de la triche, normalement elle doit fermer sa gueule, mais personne ne dit rien.

“Ben ça va pas.”

Moi là, j’ai plus envie d’être là. Mais ce bâtard de Pascal est évidemment au taquet :

“Et ensuite ?”

La voix d’Inès se casse, quand elle dit : 

“Ensuite rien. Ma vie ça sera rien.”

Son visage se tord. Une part de moi espère que c’est de la comédie. L’autre part de moi sait que la première part se ment.

“Et ensuite ?”. 

C’est encore ce gros snake d’Anne-Céleste.

Inès prend une grande inspiration et je la vois faire sa grande fille, lever la tête bravement, regarder Anne-Céleste avec son visage tout contracté, et balancer : 

“Et ensuite je continue toute ma vie. Mais en fait je n’existe pas. Je ne suis personne.”

Et voilà. Elle reste droite, mais des larmes lui coulent du visage, à toute vitesse, comme si elles étaient pressées de s’écraser au sol. Alerte rouge. Inès. Ils ont cassé Inès. 

Anne-Céleste n’a pas bougé, elle regarde Inès s’effondrer avec, je le jurerais, une satisfaction perverse derrière son sourire compatissant. J’ai envie de lui taper la tête contre son gong voir quel son ça fait.

Les secondes passent, Inès pleure toujours, et je sens que maintenant que ça a commencé, ça ne s’arrêtera plus.

D’une voix très douce, Anne-Céleste finit enfin par chantonner : 

“Louiiiise, Pascal, est-ce que ça vous dérangerait d’aller faire un peu de maaaarche consciente dans le jardin ? Je crois faut que je reste un peu avec Inès, pour l’aider à accueillir.”

J’ai envie de lui faire accueillir mon poing dans la gueule, mais je me ressaisis.
Car il faut penser au plan.
Pendant que je me lève, je vérifie qu’Anne-Céleste, qui est en train de s'asseoir en face d’Inès, ne me voit pas. Sur le chemin vers la sortie, je glisse mon téléphone, en mode enregistrement, dans la sculpture murale de mains qui semblent tenir un bébé hamster. C’est parfaitement calé. J’espère que le micro sera assez sensible.

On s’extirpe doucement de la salle par la baie vitrée.
J’aurais adoré qu’on ne parle pas, là. Mais non. On arrive au milieu du jardin, et Pascal lâche :

“Eh bien… c’était intense. Intense, mais utile, je pense”.

Et là, voilà, c’est maintenant.
Que voulez-vous, c’est maintenant.
Les abeilles.

“Utile.”

Je le dis calmement. Tellement calmement que Pascal s’arrête.

C’est parti :

“Utile à quoi, Pascal ? À qui ? Tu viens de dire tout haut que tu vas mourir seul sur ton canapé, t'as chialé devant deux inconnues et une dame en robe, et maintenant tu dois marcher pieds nus au ralenti dans l’herbe et c’est ça qui va t’aider à trouver du taf ?”

Il me regarde avec des yeux encore rouges et très interrogatifs. J’ai 3 jours et demi de stock à lâcher. J’ai 32 ans de stock à lâcher. Il est pas venu pour rien :

“Y'a pas de ressource, Pascal. Y’a pas de chemin, y'a pas de jaillissement. C’est du bullshit tout ça. Ils nous coupent de l’extérieur, ils nous enferment, ils nous poussent à bout et tout ça pourquoi ? Pour nous rendre faibles. Qu’on soit malléables. Ensuite y’a plus qu’à nous foutre leurs ateliers à la con avec leurs sons de baleines, et ils font ce qu’ils veulent de nous. Même Inès, ils l’ont fait craquer.”

J’ai beau être en colère, je trouve ma démonstration assez imparable. Pascal la trouve visiblement très parable, puisqu’il se contente de… me regarder fixement, et de s’éloigner. Sans mot dire. Talon, plante, orteil.

Je reste plantée là. Les abeilles se sont tues. C’est pas plus mal, qu’il soit parti, j’étais à deux doigts de lui lâcher tout le reste. Et c’est toujours pas le moment de tout foutre en l’air.

Comme j’ai rien de mieux à faire, moi aussi je marche lentement. Quand je passe le long de la clairière, je vois le groupe de Jordan. Ils sont six, à une table. Très appliqués, en train de sculpter des trucs avec de la glaise.

Deux poids deux mesures deux salles deux ambiances.

À chaque fois que je repasse à côté de l’espace-ressource, j’y vois la même chose : Anne-Céleste, en grande conversation avec une Inès courbée, presque recroquevillée sur elle-même. Je suis partagée entre la flippe et le fait de commencer à me faire sérieusement chier. Au bout d’une éternité, le groupe de Jordan se lève enfin. Il est l’heure de “manger”. 

Au déjeuner (velouté de panais, galettes de sarrasin, tension dramatique), Inès n’est pas là. Anne-Céleste non plus. Le déjeuner est supervisé par Bun Affleck, qui mange sa galette de sarrasin en la découpant au couteau et à la fourchette, en tout petits carrés parfaitement égaux, et franchement, c’est le truc le plus inquiétant que j’aie vu jusqu’ici.

En face de moi, Jordan mastique lentement (et silencieusement, au moins). Il a la concentration du sportif avant l'épreuve.

Vers la fin du repas, alors qu’on nous apporte le dessert (faisselle, deux framboises), il pose sa cuillère. Il attend quelques secondes. Puis, avec une lenteur théâtrale mais pas trop, il porte une main à son ventre : un geste sobre, presque pudique, mais qui parvient à attirer l’attention de tout le monde. Quelle perf. Il inspire fort par le nez. Il pose sa deuxième main sur la table.

Il ne dit rien. Il se lève à moitié, se rassoit, prend l'air de quelqu'un qui lutte pour rester digne, et c'est Baptistin-Bun Affleck qui doit rompre le silence sacré pour lui demander, à voix basse, si ça va.

“Pas trop.” chuchote Jordan. “Y'a un truc qui... remue. Depuis ce matin. Dans mon corps.”

C’est à la fois poétique, imagé et très très concret. Même moi, là, j’ai envie qu’il s’éloigne de moi, au cas où. Baptistin hoche la tête avec compassion et lui recommande d’aller se reposer dans sa chambre. Ils doivent avoir l’habitude des gens qui se sentent mal après 4 jours de dénutrition et d’ateliers trauma.

Jordan, avec un air d’immense gratitude fatiguée, sort de la cuisine, plié à 15 degrés exactement, l'angle de la douleur crédible.

Moi, mon rôle, c’est de m’assurer que Baptistin reste bien avec nous en bas et n’est pas tenté d’aller voir comment Jordan va. Vu qu’il va très bien, et qu’il est en train de fouiller le bureau d’Anne-Céleste. Au début, c’est facile, puisque Bun Affleck est très occupé à manger ses deux framboises en pleine conscience. Mais je commence à paniquer quand il se met à jeter des petits coups d'œil inquiets vers la porte.

J’hésite sur la marche à suivre. Oser briser le silence pour proposer que ça soit moi qui monte voir Jordan ? Trouver un moyen de faire diversion ? 

La solution arrive pile au moment de la tisane de clôture (clou de girofle).

La porte s'ouvre brusquement sur Anne-Céleste, rayonnante, une main posée entre les omoplates d'Inès, qui a les yeux gonflés, le mouchoir au poing, et un petit sourire que je ne lui ai jamais vu. Un sourire paisible. Un sourire reposé. Un sourire d’acceptation. C’est terrifiant.

D’un geste, Anne-Céleste lui fait signe de s'asseoir. Elle obtempère, soumise. Personne ne prononce un mot. J’atteins un niveau de panique intersidéral.

Anne-Céleste lui sert une tisane comme si c’était un remède médicinal. Inès prend sa tasse et souffle dessus, sans lever les yeux. 

Je ne sais pas s'ils ont réussi à la retourner, mais quoi qu’il en soit, il est urgent que je récupère mon téléphone. Tout en empêchant Baptistin et Anne-Céleste d’aller voir si Jordan va bien.

Il faut donc que je sois à deux endroits à la fois. C’est compliqué, vu qu’on n’a pas encore fait l’atelier voyage astral.

Mais évidemment, c’est Inès qui me sort de l’ornière. Inès, merveilleuse Inès, géniale Inès. Au bout de quelques secondes d’un silence étrange, elle repose sa tasse. Mais pas exactement devant elle. Un peu sur la gauche, près du bord. Là, elle me lance un rapide regard, un regard plein de ruse et de panache, qui me fait l’effet à la fois d’une douche chaude et d’une douche froide. Tout mon corps se tend, prêt à l’action. Elle vérifie ensuite brièvement le sol à côté d’elle.

Puis ses lèvres se mettent à trembler, elle fait mine de se lever, murmure “Je crois que je…” et… et elle tombe. Et pas qu’un peu. Pas comme au cinéma. Elle se ramasse la gueule. Une chute moche et lourde, de tout son poids, qui emporte à la fois sa chaise dans un raclement atroce et bien sûr, sa tasse, qui explose au sol dans un fracas de céramique épique.

Le silence conscient meurt sur le coup.

Anne-Céleste crie “Attention Inès !”, alors qu’Inès est déjà au sol. Tout le monde se lève en même temps. Matilda pousse un cri. Sylvie pousse un cri. Pascal renverse sa propre tisane en se levant, ce qui décuple l’effet catastrophe. Baptistin et Anne-Céleste se jettent à genoux auprès d’Inès, tout le monde se met en cercle autour. Comme il se doit, quelqu’un dit qu'il faut lui surélever les jambes, quelqu'un d'autre dit surtout pas, quelqu’un dit qu’il faut l’allonger sur le côté, quelqu’un dit qu’il ne faut absolument pas la bouger, Anne-Céleste crie “écartez-vous, laissez-la respirer !” et je remarque qu’elle a perdu ses voyelles chantantes. Ce n’est pas le moment de me demander si deux faux malaises à la suite, ça fait louche. En revanche, c’est le moment parfait pour, discrètement, m’éclipser.

Je cours vers l'espace-ressource, désert. Je récupère mon téléphone, solidement calé dans la sculpture de mains. L'enregistrement tourne toujours.1:37:12. Les mains tremblantes sous l’excitation, je l’ajoute en PJ à un mail à Jordan et Philippe.

Merde, le réseau est pourri.

Je fais le truc du passage en 4G. Ça semble marcher mieux, mais le chargement est lent.

Je pourrais me balader sur le domaine à la recherche d’une petite pocket de réseau vaillant, mais j’ai peur de me faire choper. Je fourre mon téléphone dans ma poche et retourne vers la cuisine.

Quand j’entre, Inès est en train de “revenir à elle”. Elle est au sol, la tête sur un plaid plié en quatre, et Anne-Céleste, agenouillée près d'elle, est en train de lui faire sentir une petite fiole d’huiles essentielles. Elle a récupéré ses voyelles quand elle dit, fort, pour Inès comme pour rassurer l’assistance :

“Ton corps a lâchééé, Inès. C'est très couraaant, tu sais, quand l'âme s’est beaucoup ouveeerte. Le corps suiiit. Il évaaacue.”

Inès reste prostrée. Quand elle croise mon regard, je fais un petit hochement de tête, elle se redresse doucement sur le coude, puis se relève péniblement, et je m’attends à ce qu’elle s'époussette le jean en disant “bon, ben ça va mieux !” mais… mais non.

Elle retombe. 

Elle s’offre un deuxième faux évanouissement, et cette fois, c’est gratos. De la pure revanche. Elle est en train de les arroseur arroser. C’est splendide. Tout le monde re-panique. Et là, pour vraiment sceller l’immense n’importe quoi de la situation, je lance : 

“Il faudrait peut-être appeler les secours ?”

Évidemment qu’ils ne vont pas appeler les secours. Dans la tête de Baptistin et Anne-Céleste, qui ont l’air d’être vraiment inquiets cette fois, tout ce qui tourne c’est “pas toi, pas maintenant, pas après tout ce que tu as fait”. Ils ne peuvent pas la laisser filer alors qu’ils l’ont enfin ferrée. Et effectivement, Anne-Céleste répond, sans les voyelles : 

“Non, il faut qu’elle mange quelque chose je pense”.

Et bien sûr que je rétorque : 

“Ah ben si vous refaites à manger, faites-en un peu plus, parce que j’ai super faim.”

Oh ça va. On peut se faire kiffer un peu.

“Ah ben moi aussi !” dit une meuf, suivie de cinq autres personnes, soulagées de réaliser qu’elles ne sont pas les seules à crever la dalle depuis 4 jours.

Pendant que tout le monde s’agite pour réchauffer des galettes de sarrasin, je vérifie mon téléphone. Le chargement a réussi. J’envoie le mail et l’enregistrement aux comparses. Alea jacta est.

Le temps de remettre la table, de déjeuner à nouveau, de débarrasser, on est largement en milieu d’après-midi. Après avoir vérifié pour la douzième fois qu’Inès ne décèderait pas sous sa garde, Anne-Céleste annonce qu’elle l’emmène à part, dans son bureau, pour “continueer le parcours”. À ce stade, Jordan doit avoir largement fini sa fouille, il doit même, je l’espère de tout mon cœur, être en train de boucler l’étape suivante avec Philou.

C’est Baptistin qui nous annonce, à nous les autres péquenauds qui ne continuent pas le “parcouuuurs”, qu’on va passer à l’atelier suivant, qui doit nous aider à “prendre notre envol”. 

C’est là que, miraculeusement, Jordan réapparaît, teint frais, démarche souple, l'air profondément reposé. Il annonce à Baptistin que “c'est sorti” et que “ça ne reviendra plus”.

Sur le chemin vers l’espace-ressource, Jordan me glisse : 

“Ça décolle déjà. Philippe nous tient au jus. J’ai mis une miniature de OUF.”

Eh bien c’est parti. La suite n’est plus entre nos mains. 

On s’occupe de réaménager l’espace-ressource sous les ordres de Bun Affleck. On roule tous les tapis et on les fourre dans un coin, on attrape des petits masques et Baptistin nous enjoint à nous placer debout à travers la la salle, le plus loin possible les uns des autres. Moi, je me mets au fond, le plus loin possible de lui et de son bun. 

Après nous avoir fait faire quelques exercices de respiration profonde que je rate complètement à cause de l’excitation, il commence à parler : 

“Vous êtes arrivés ici entravés. Vous repartirez légers. Et pour cela… vous allez voler.”

Il nous explique, d’une voix posée sur un rythme régulier, hypnotique : chacun dans son coin, les masques sur les yeux, les bras ouverts “comme des ailes”, on va commencer par tourner sur nous mêmes, “très lentement, calmement”.

Pendant qu’il cherche sa playlist, je jette un œil à mon téléphone. Un message de Philippe :

“On approche des 50 000. C’est le BUZZ. Philippe.”

On met nos masques. Bun Affleck lance une bande-son de waves, je ne sais pas si elles sont alpha, beta ou delta, mais c’est à la fois cosmique et comique. Il continue à parler, avec son ton d’hypnotiseur, pour nous dire de nous projeter dans nos mains, de sentir l’air qui les frôle.

Je fais bien attention à tourner vraiment, vraiment lentement.

“Vous tournerez jusqu'à entendre le gong.”

Le gong met un temps infini à arriver : je remonte discrètement mon masque, pour voir les gens s’arrêter en chancelant, et je me place trois-quarts dos par rapport à Bun Affleck, qu’il ne voie pas que je peux le voir.

Maintenant, nous dit Baptistin, on doit “visualiser notre envol”. Se sentir décoller du sol. À quelques centimètres d’abord. Puis à quelques mètres. Et puis de plus en plus haut. On doit voir la maison qui rapetisse. On doit imaginer qu’on laisse derrière nous nos entraves restées au sol, minuscules, dérisoires. On est censé voler jusqu’à ce qu’on entende à nouveau le gong. 

Un gong qui n’arrivera jamais.

Car soudain arrive le moment tant espéré. Un son de vibreur. Baptistin s’interrompt. Je jette un coup d'œil : il est en train de regarder son téléphone. Moi qui pensais qu’il fallait se déconnecter pour se reconnecter. Perturbé par ce qu’il lit, il tente de reprendre sa harangue.

“Vous… allez plus haut. Vous sentez le vent qui caresse votre corps.” 

Il lit de nouveaux messages, et là, il commence à s’agiter. Luna-Carine Girard arrive en courant de l’autre côté de la baie vitrée et lui fait des grands signes, en pointant le portail. Il tente de continuer :

“Vous… vous atteignez les nuages… tout est soudain doux autour de vous. Vous ne voyez presque plus le sol. Vous flottez.”

Mais Luna-Carine Girard continue de gesticuler, alors, après avoir lancé un dernier coup d'œil aux treize adultes qui flottent au-dessus de leurs entraves, il finit, enfin, par sortir sur la pointe des pieds, en ouvrant la baie vitrée le plus silencieusement possible.

La musique continue. Je les regarde courir vers la maison.

Je retire mon masque pour de bon, Jordan aussi. Les onze autres sont toujours dans les nuages, et je vois au visage de Matilda que ça ne va pas très bien. Mais tant que le gong n'a pas sonné, personne ne dira rien. Voilà ce que ça donne, quatre jours de dressage.

La musique tourne en boucle, les gens commencent à tanguer, quand au loin, j’entends le bruit dont je rêvais.

La sonnette du portail.

Jordan et moi, on se regarde. On se comprend. 

Dans un mouvement ultra-ninja, on se sépare. Je cours vers la porte qui donne sur le hall, il court vers le jardin. Derrière le comptoir en bois, j’attrape une clé, je sors et je la lance à Jordan qui tape un sprint épique en direction du portail.

Je le vois, au loin, ouvrir à une dizaine de personnes, journalistes caméras à l’épaule, créateurs de contenus et randoms avec leur téléphone, qui déferlent sur la pelouse.

Ils ont tous décidé de venir voir de leurs yeux voir, alertés par la vidéo de Jordan “JE M'INFILTRE DANS UN STAGE FRANCE TRAVAIL (ce que j'ai découvert est GRAVE)”.

Il a réactivé son compte à 1 million de followers exprès pour l’occasion, et réussi un petit montage Capcut à l’arrache sur son téléphone, aidé par Philou. Comme quoi, sa conseillère France Travail a tort : pour être Youtuber, faut quand même de sacrées compétences.

Jordan dirige le petit groupe en courant vers l’espace-ressource, et ils arrivent devant la baie vitrée pile au bon moment, celui qui va faire les gros titres, celui qui repassera en boucle dans les reels et à la télé, celui qui deviendra un meme : le moment où onze adultes qui croient flotter dans les nuages, livrés à eux-mêmes, masque sur les yeux, sur une bande-son d’alpha waves pleine balle, se mettent à… gerber dans tous les sens. 

C’est Sylvie qui vomit en premier. Ça fait un son tellement dégueulasse que les autres retirent leur masque. 

Là Matilda y va direct de sa petite galette (de sarrasin).

Puis une autre meuf. 

Puis Pascal dégueule avec un vacarme caverneux.

Puis ils se mettent tous à dégobiller de plus belle les uns après les autres, les uns sur les autres, sur eux-mêmes, sur le sol, sur les murs. Ils retapissent l’espace-ressource de leurs jets de bile.

C’est horrible. C’est superbe.

Les journalistes et les randoms filment en se retenant, comme ils peuvent, de gerber aussi. Jordan, ultra pro, poursuit la visite en mode agent immobilier : “alors cet endroit, ils appellent ça l’espace-ressource, c’est là qu’ils font des ateliers, par exemple dans cet exercice les gens doivent se visualiser en train de voler au-dessus de leurs entraves, et, c’est important de le préciser, c’est payé par France Travail…”

Superbe. Jordan pointe vers moi : 

“Mais ce n’est pas tout”.

Je leur fais signe de me suivre. Hall en bois, escalier, je marche vite, la petite troupe suit, les caméras tournent, j’en profite pour expliquer que ça fait 4 jours qu’on mange de la bouillie et qu’on est complètement coupés du monde. Quand je dis qu’il n’y avait même pas de café, un “aaaanh” global me confirme qu’ils prennent la mesure de ce qu’on nous a infligé. Je les emmène jusqu’au bureau d’Anne-Céleste.

On arrive derrière la porte. De l’autre côté on entend des éclats de voix. J’ouvre sans frapper, et je m’écarte pour qu’ils tournent ce qui sera la deuxième image choc de ce reportage iconique : Inès, prostrée sur sa chaise, Anne-Céleste, Baptistin, Luna-Carine et Jean-Charles l'anesthésiste en grande discussion animée avec un petit homme chauve en costume, avec de très grosses lunettes.

Le tableau est parfait. C’est inespéré. Inès-péré.

Jordan m’a rejointe, et explique aux vidéastes interloqués ce qu’il a compris, cet après-midi, en photographiant des factures compromettantes dans le bureau d’Anne-Céleste et en écoutant l’enregistrement : Essence’ciel, si ce n’était qu’un institut de formation perché payé par France Travail, ce serait déjà un scandale. Mais c’est bien pire…

Il fait une petite pause, pour le suspense, avant de continuer.

C’est une succursale secrète de la branche RH d’Odalys, gérée par Jean-Charles De Mongier ici présent. Son job : trouver des profils ultra-spécialisés. Ses clients : des entreprises dont le business fait qu’elles peinent à recruter : énergies fossiles, armement, labos pharma, phytosanitaire…

“Oh !”

Les caméras se tournent vers moi. J’ai eu une illumination, qui me vaudra à moi aussi, mes 15 secondes de fame à l’écran :

“Et quand on y pense, c’est dans le nom : Essence’ciel : le pétrole et les missiles.”

Tout le monde a l’air impressionné. Même Jordan, qui reprend, pour détailler les méthodes d’Essence’ciel : quand un client exprime un besoin de profil à Odalys RH, des chercheurs d’emploi sont pré-sélectionnées et inscrits d’office au stage d’Essence’ciel, probablement avec la complicité de conseillers France Travail. Une fois inscrits, ils n’ont plus d’autre choix que de faire le stage, sous peine de perdre leurs indemnités. Tout le travail d’Essence’ciel, durant les 4 jours, c’est de les rendre manipulables. On leur fait miroiter une histoire de “ressource”, on les coupe de tout, on les déracine, on les affame, on les fait surventiler, on les déprime puis on leur donne de l’espoir, on les fait marcher sur des braises, on leur fait lâcher en public leurs plus grandes vulnérabilités… et ensuite, quand ils sont bien fragiles, bien dociles, on les emmène dans la suite du “parcours”.

Là, c’est Inès qui se lève pour attraper le temps d’écran qui lui revient de droit pour sa superbe performance, sous le regard ébahi d’Anne-Céleste et de sa clique : 

“Moi c’est Inès Salhi, experte en communication de crise, en recherche d’emploi. J’ai été inscrite de force au stage, et avec Jordan et Louise, vu qu’Essence’ciel avait l’air intéressé par mon profil, on a décidé que je jouerais le jeu. Quand ils ont cru avoir réussi à me briser…”

Elle leur jette un regard. Ils se décomposent.

“... ils ont commencé à me promettre tout ce dont j’avais dit manquer. De la reconnaissance, de la valorisation, des perspectives… Jusqu’à ce qu’on en arrive au but : là, j’étais en entretien avec le DRH de PétroFrance, ici présent, qui a très certainement payé Essence’ciel une fortune pour me recruter”.

Elle pointe l’homme chauve aux grosses lunettes, qui reste paralysé, en mort imminente de ses perspectives professionnelles. Sa carrière doit être en train de défiler sous ses yeux. Je pressens que ce n’est pas un très bon film.

Inès conclut, impériale : 

“Et c’est vrai que là tout de suite, il va leur falloir de très bons experts en com de crise”.

Toujours Jour 4

J’allume une clope. J’attends Jordan dans le jardin, devant le petit hall, face au potager, mon sac sur l’épaule.

La nuit est tombée. Le calme est revenu. On a passé des heures à répondre à des interviews, faire des visites du domaine, montrer aux gens les documents récupérés par Jordan. Un journaliste de France 3 nous a même demandé, à Jordan et à moi, si c’est pas ça la reconversion qu’il faudrait qu’on fasse : reporters. Comme quoi, ce stage aura finalement tenu ses promesses.

“On se casse ?”

Je sursaute. Jordan est à côté de moi. Il a encore fait le coup du ninja. 

Je hoche la tête, lance un dernier regard à l’espace-ressource qui n’a toujours pas été nettoyé, jette ma clope dans les bettes à carde, et on se met en marche.

Le portail au loin est grand ouvert, ce qui, après quatre jours enfermés à clé, fait bizarre. Dans l’étable, nos chaussures sont les dernières. Les autres stagiaires sont tous partis, pour certains, à regret. Matilda a tourné en rond, hagarde, pendant une bonne vingtaine de minutes en disant “mais c’est quoi ? qu’est-ce que ça veut dire ? c’est pas possible ?” avant de se décider à s’en aller.

On arrive au portail. C’est bizarre de le dire, mais j’ai une petite montée d’angoisse à l’idée de sortir et de retrouver le monde réel. Les emmerdes réelles.

Sur le trottoir, il y a encore quelques camionnettes, quelques vans, quelques badauds. Et au milieu d’eux, je le vois et mon cœur fait un bond.

Philippe.

Debout, tout droit, avec son coupe-vent beige, ses lunettes aux verres marronnasse, son sac en bandoulière.

Je lui saute dans les bras. Même Jordan nous rejoint pour un hug collectif. Ce stage nous a transformés plus qu’on ne voudrait l’admettre.

Quand on a fini, Philou, le grand Philou, recule d’un pas, plonge la main dans son sac, et en sort… un thermos.

Qu’il ouvre. La meilleure odeur du monde, bien meilleure que l’essence.

Du café.

ÉPILOGUE

Ce que vous savez déjà, parce que vous ne vivez pas dans une cave : la vidéo de Jordan a fait 11 millions de vues, Essence'ciel est “fermé temporairement” sur Google, Odalys “conteste fermement”, “va mener une enquête” et “se réserve le droit” (une armée d’avocats nous a contactés pour nous aider en pro bono à nous faire reconnaître comme lanceurs d’alerte pour gérer les deux-trois violations de confidentialité et de propriété privée auxquelles on s’est livrés). Jean-Charles l'anesthésiste s’est mis en sommeil et le DRH de PétroFrance a quitté ses fonctions “pour se consacrer à des projets personnels”. J’avoue, j’ai hésité à leur écrire pour leur recommander un super stage de reconversion. Inès a lancé sa boîte de conseil en gestion de crise et ça cartonne, Jordan a décidé de reprendre sa carrière de Youtuber, Philou et moi on est toujours au chômdu.

Ah oui. J'ai reçu une lettre de France Travail. Mon stage est validé. J’ai encadré le courrier, il est au-dessus de mon lit.

10/10 en adhésion sincère.

📣 Et voilà, c’est fini.
Ça me fait un truc. Ça vous fait un truc ?


C’est l’occase pour moi de vous dire quatre choses.

La première chose, c’est que, si vous êtes attachés aux personnages… Sachez que moi aussi. Depuis un moment. Parce que Louise, Jordan et Philippe sont les héros du roman que j’écris depuis… depuis avant Ciao les nazes. Oui c’est un thriller corporate. Non, il est pas fini et je l’annonce déjà, pas seulement par amour de mettre la charrue avant les bœufs, mais parce que quand je l’aurai fini, pour que vous puissiez le lire, il faudra que quelqu’un l’édite. Si vous êtes ce quelqu’un, faites-moi signe.

La deuxième chose, c’est que cette série de l’été est très inspirée du travail incroyable que fait Élisabeth Feytit avec le podcast Meta de choc, et notamment les épisodes sur le coaching dont j’ai déjà parlé ici. Merci à elle. Ensuite, malheureusement, cette série est aussi inspirée de la réalité, et des enquêtes menées par Radio France et Complément d’enquête sur les dérives des prestas de France Travail à qui on bazarde de la thune publique sans assez de contrôles. Vous voulez la dernière ? L’atelier breakdance. Voilà.

La troisième chose, c’est merci. Écrire de la fiction me rend très heureuse, mais de là à m’y sentir légitime, il y a un saut. Savoir que cette série vous a plu, ça me rend très, très, TRÈS heureuse. Merci pour vos messages, vos retours, vos likes. Pour info, la version podcast a dégommé toutes mes stats (+50 % d’écoutes quand même).

La quatrième chose, j’en reparlerai, c’est que cette année, avec CDLT, j’ai envie de RIGOLER. Et j’ai une petite idée pour faire ça sur le podcast. Nom de code : Radio Moquette. Des épisodes de gossip corporate, où je raconte vos anecdotes les plus WTF du monde du travail : des séminos qui tournent mal aux guerres d’open space en passant par les mails à tous malheureux. Pour ça, j’ai besoin de vous : racontez-moi ici, avec force détails, vos anecdotes les plus n’imp du monde du travail.

🏄 LE BOARD DE CDLT

Un très GRAND merci à toutes les personnes qui soutiennent CDLT sur le Tipeee, et notamment aux membres du Board :

Jules - Renault Traffic Manager

Sarah - Responsable de l’Éthique Tok

Danaé - Gestionnaire de Patri…cia Kaas

SailingDodo - Déchargé de clientèle

Clémence - Head of Data Yoyo

Aurélia - Growth Hacker de boeuf

Johana - Chief AIL Officer

Agnes - Présidente-Directrice Grève Générale

Cécile - Chief Digital and Manual Officer

Hélène - Head of Culture, Permaculture, Viticulture and Contreculture

MJOLN - Directrice de Cabernet

Md - Chief Revenue et Repartie Officer

Lauren - Chief Illegal Officer

Nicoquillet - Financial TripAdvisor

Emilie - Head of Asocial Media

Jean-Marc - Head of Accounting and Accountability

Boris - Partner social

Wwahya - Director of Superhuman resources

Dodoparadisco - Coach agile de la Tourette

Marie-Cécile - VP of Chaos Debout Management

Céline - VP of Discontent Strategy

Nacha - Lead Eve Angelist

Iris - Director of Capital Go With The Flow Strategy

M - Responsable de la Création de Valeur pas Actuelle

Agathe - Chief cinq asset management officer

Pauline - Venture Caïpitalist

AlexP - Head Account of Monte-Cristo Manager

Thael - CEO, EMEA and YMCA

Adina - Majority Chairdepoule-holder

Ninacaramel - Vice President of Sales (& Propres)

Safiler - VP, Investor et à Travers Relations

David - Principal, Early Stage Investment & Late-stage capitalism

Adeline - Senior Advisor, Special Situations, Common Situations, All Situations

AnneKer - Limited partner, Limited Patience

T.J.N - Managing Partner, Impact in 3, 2, 1

Édouard - Senior Advisor, Distressed Assets & Relaxed People

Legnaflow - Head of Risk & La Bonne Paye Exposure

Astrid - Executive Fantasy Director

Philothée - Head of Trade Génie

Eléa - Chief Non-Compliance Officer

Sophie - Trust Manager, Trust Issues Solver

Antoine - Head of Very Alternative Investments

Camille - Head of Lose and Loose Change

Treplev33 - Adventure Capitalist

Xtrava - Executive Director, Decelerator Program

Laurent - Business Angel Hydroalcoolique

Antho - Head of STONKS

Lorefine - VP Passive-agressive Income

Romane - Director of Operational and Emotional Excellence

Caro - Vice President of Virtue

CyrilD - Head of Shoulders, Knees and Toes

Argonythe - Vice President, Global Smooth Operations

Valentin - Senior Financial Interior Architect

Sarah - Head of Cash-cashflow

Roxane - Sonic the Hedge Fund Manager

CamilleDnl - Manager of Outside Trading

Aude - Unlimited Partner

Nico - Chief Baby-loan Officer

Frédéric - Senior Vice-President of Prem's

Claire B - Amrchairwoman

Nolwenn - Chief of Stuff

Stef - Senior Partner of Pichenette

Dreeckan - Managing Partner, Surreal Estate

Hfovel - Manager Of Financial Oversight (MOFO)

Atelierbfl - Global President of Camembert

Vincent - Chief Destructuring Officer

Sophie - Associate VP of Chill, Chile and Chili con carne

DelphineDBO - Holding My Beer Head Manager

Florent - Head of Liquid, Solid and Gaseous Assets

Elise - Chief Vibes Officer

Justine - Director of Bonds, James Bonds

Alexis - WOW Effect Director

Catherine - Bête de mécène

Tia_mzz - Chairwoman Emeritus (Emerita ?)

Mathilde - Senior Analyst, Open Mic et Open to Work

Morgane - Partner, M&As & M&M's

Justicepoissons - Director of proprietary Trading Ding Dong

Laety - Partner, Private Equity, Justice and Fairness

Vous êtes vraiment super.

CDLT,

Sev

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Par Séverine Bavon

Ancienne employée, dirigeante d’une entreprise dans le freelancing, j’aime mettre les pieds dans 1/ le plat 2/ les évolutions du monde du travail. Je m’attaque, toutes les deux semaines, à un sujet lié au taf qui pose problème, qui m’énerve, ou qui devrait changer, avec une verve de tenancière de PMU et des sources académiques.

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