Kessel

Alors, vous avez réussi vos vacances ?

VOUS AVEZ RÉUSSI VOS VACANCES OU PAS ?

CDLT
14 min ⋅ 03/09/2026

📚 Point livre : Ciao les nazes est toujours dispo en librairiiiiie ET DÉSORMAIS EN AUDIOBOOK AVEC MA VOIX QUI LE LIT.

🗞️ Point autopromo surex : dans le GQ de ce mois-ci, il y a MA POMME, mais pas seulement ma pomme, car j’y ai écrit 3 doubles pages magnifiquement illustrées par Baptiste Virot pour un guide de survie de la rentrée corporate. MAIS ATTENDEZ C’EST PAS FINI. Dans le Cosmopolitan de ce mois-ci, il y a ÉGALEMENT ma pomme, mais pas que ma pomme, car j’y signe une chronique sur ces collègues à la machine à caf qui jugent nos vacances, et qui est assez cohérente avec l’article qui va suivre.
J’ai a-do-ré écrire tout ça.
Bref, comme comme l’a dit un pote à moi : “Tu pensais être Buffy, en fait t’es Carrie Bradshaw”.

💶 Point soutien de la création : on est à 336 € ce mois-ci sur le Tipeee de CDLT, merci vous êtes incroyables. Ça fait pile 6 mois que je l’ai lancé… et il y a donc ici des personnes qui me soutiennent chaque mois depuis 6 mois : Nico, Lucile, Morgane, Ornella, Eléa, Sophie, Stef, Philothée, Catherine, Astrid, Frédéric, Sberthaud, Sarah, legnaflow, Sophie, Florent, Edouard, T.J.N., Dreeckan, AnneKer, Julien, Adeline, David, Safiler, Laety VOUS ÊTES CHANMAX.

🎙️ Point podcast : cet article est dispo en version audio dans le podcast CDLT sur toutes les plateformes. LE LIEN.

🎤 Point Radio Moquette : venez me raconter vos anecdotes les plus WTF du travail, des séminos partis en vrille, des histoires gênantes, des trucs chelou d’open space, des mails qu’auraient pas dû partir, dans ce formulaire, et j’en ferai peut-être des épisodes dans mon projet de podcast de gossip corporate. Stay tuned.

Vous avez passé de bonnes vacances ?

Moi pas.

Je suis revenue plus fatiguée, plus grincheuse et plus angoissée que je ne suis partie.

J’écris donc cet article énervée. Comme d’hab, vous me direz. Mais énervée contre moi-même. Ça change.

J’ai passé des vacances d’un niveau de pétax qui tient de la performance. C’est con, parce que j’avais une (1) semaine de vacances, celle du 17 août, et que sur cette semaine reposait l’intégralité de mes besoins et espoirs, dont un besoin vital de me reposer parce que j’étais sur les rotules à avoir bossé tout l’été en regardant les stories des gens sur la plage, et un espoir fou de m’aérer la tête après avoir taffé comme une malade depuis le début de l’année. Vous me direz, une (1) semaine pour tout ça, c’était déjà mal barré. Vous ajouterez : pour quelqu’un qui gueule en permanence sur l’importance du temps libre, t’es vraiment un cordonnier en Crocs. Et vous aurez raison. J’ai mis tous mes œufs dans un (1) unique panier, le panier était percé, je ne peux m’en prendre qu’à moi-même (et au squatteur fou très furieux qui a menacé de mettre le feu à mon immeuble puis est resté traîner en face dudit immeuble pendant que la police ne faisait rien, occasionnant une annulation de tous mes plans et un retour précipité).

Et si je vous raconte tout ça, c’est ÉVIDEMMENT pour la joie de chouiner, mais c’est aussi parce que je crois que mon expérience de lose 1/ raconte quelque chose 2/ peut servir à quelque chose.

  • Ce qu’elle raconte, c’est qu’on subit, chacun et chacune, une injonction à réussir nos vacances. Cette injonction est sociale (vivre des expériences assez cool pour avoir des bonnes stories à poster et des trucs à raconter), mais aussi physique (se reposer assez pour rattraper des mois de fatigue en quelques jours) et mentale (déconnecter assez pour se remettre d’aplomb). Et je vais évidemment dérouler ça en longueur : je pense que cette injonction est injuste.

  • Mais résultat, je me dis aussi qu’en ayant foirax mes vacances à un niveau absurde, ET EN LE DISANT, au risque de passer pour une grosse loseuse dans le grand concours de b*tes de la rentrée, je peux offrir mon corps à la science. En fait, je m’offre moins à la science qu’au martyre : Sainte Séverine des Congés Pétés, perdante magnifique, figure cathartique. J’ai pour stigmates mes traits tirés, mes muscles crispés, mon teint à peine hâlé. Riez pour moi pauvres pécheurs, et surtout, sentez-vous moins seul·es en me regardant dire tout haut les foirages qu’on vit tout bas.

Parce que si ça se trouve, si vous avez eu des vacances, ce qui est déjà une chance, elles ont aussi été nazes. Peut-être spectaculairement. Peut-être à moitié. Peut-être que c’était juste bif-bof. Et il y a peu de chances que vous mouriez d’envie de le crier à la ronde. Ben vous inquiétez pas, je vais faire ça pour nous deux.

Parce qu’un ratage estival, c’est aussi une expérience philosophique. Revenir 5 jours plus tôt de vacances qui devaient durer une semaine, je peux vous le dire : ça vous met face à vous-même. Ça vous fait comprendre les attentes que vous placiez sur ces quelques jours dans votre année, et ça vous fait vous demander, en des termes pas super mesurés parce que vous êtes d’une humeur de chien : EST-CE QUE COLLECTIVEMENT ON SERAIT PAS EN TRAIN DE SE FOURRER LE DOIGT DANS L’ŒIL EN CROYANT QUE CINQ (5) PETITES SEMAINES, DONT UNE CONSACRÉE À TROP BOUFFER ET À REGARDER LA TÉLÉ EN FAMILLE, DONC TECHNIQUEMENT QUATRE (4) PETITES SEMAINES, SONT SUFFISANTES À COMPENSER L’ABSURDITÉ DES RYTHMES, PRESSIONS ET ANGOISSES QU’ON SE TAPE TOUT LE RESTE DE L’ANNÉE ?

C’est une question posée sous l’empire du seum, mais je crois que c’est une bonne question.

Injonctions, pièges à cons

Que ça soit la question “t’as fait quoi alors cet été ?” ou ce grand bazar onaniste qu’est Instagram en juillet-août ou les 124 mails dans l’inbox remplis d’urgences qui “peuvent attendre notre retour” (mais pas beaucoup plus) et qui espèrent qu’on s’est BIEN reposé·e (parce que la rentrée va être intense), TOUT, absolument TOUT nous enjoint à “réussir” nos vacances. À la fois comme une performance sociale et comme une performance de repos.

Eh bien je trouve ça insupportable (et je le précise, je le pensais déjà avant, même quand j’étais PAS énervée). Et ça tombe bien, je suis pas la seule à le penser. C’est parti.

Uno, c’est inégalitaire

Déjà, cette injonction à réussir ses vacances suppose, pour commencer… de pouvoir faire quelque chose de ses vacances. Et là, KILUCRU, c’est pas possible pour tout le monde. Selon l’Observatoire des Inégalités en automne 2025, environ 40 % des Français·es n’étaient pas parti·es sur l’année précédente. Je répète : quatre Français·es sur dix ne font pas un seul séjour de quatre nuits hors de chez elles et eux sur un an. Et évidemment, c’est le revenu qui dirige les écarts : 49 % des personnes qui gagnent moins de 1 190 euros par mois sont parties, contre 81 % de celles qui dépassent 2 550 euros. 78 % des cadres sup partent, contre 54 % des ouvriers·ères. Donc en d’autres termes : PLUS on a un job pénible et une vie rendue complexe par le manque de moyens, PLUS on a besoin de vacances, et MOINS on part en vacances.

Ensuite, tout le monde n’a pas le luxe de se reposer pareil. Les vacances, c’est aussi de la logistique. Quand on a des enfants, c’est beaucoup de logistique. Et quand on est une femme, généralement, cette logistique repose sur nos épaules. Askip selon l’IFOP, 70 % des femmes reviennent de leurs vacances fatiguées contre 57 % des hommes. Parce que la charge mentale n’a pas besoin de prendre un billet pour s’inviter en vacances, et que gérer la bouffe, le transport, l’accueil des potes ou de la famille et le fait de trouver et de faire des activités avec en prime la double-injonction que les vacances de tout le monde soient réussies ET de quand même parvenir à se reposer, c’est fatigant rien que d’y penser.

Deuxio, 5 semaines ne suffisent évidemment pas

Vous savez de quand date la cinquième semaine de congés payés ? De 1982.

Ouais, déjà, c’est récent, c’est important de s’en souvenir.

Or, la DARES mesure les conditions de travail des salarié·es depuis 1978. Un de ses indicateurs, c'est le nombre de “contraintes de rythme” qui pèsent sur les gens en même temps : devoir aller aussi vite qu'une machine, répondre illico-presto à une demande extérieure, tenir des délais tendax, être tracké·e en continu par un logiciel, etc.

La part de salarié·es soumis·es à au moins trois de ces contraintes simultanément est passée de 6% en 1984 à 35% en 2013, j’imagine que ça a fait un autre saut de type double-salto depuis.

En d’autres termes, en une génération, on a multiplié par six (6) le nombre de gens qui bossent sous une contrainte de cadence élevée. Le sociologue Michel Gollac, qui est expert de ce bail précis, appelle ça l'intensification, et il note qu’elle progresse main dans la main avec le discours managérial sur l'autonomie et l'épanouissement, évidemment. En gros, plus on trime, plus on nous explique que trimer est ce qui va nous permettre de nous réaliser.

Mais voilà, ça ne vous aura pas échappé, déjà… on se réalise pas des masses. Mais surtout : le travail s’intensifie, MAIS sur la même période, on n’a pas récupéré plus de vacances en échange.

L’idéal, en vrai… avouez… ça serait même d’en filer MOINS. Non parce que souvenez-vous l’été dernier : feue la ministre du Travail sous feu Bayrou a posé sur la feue table feue la “monétisation” de la cinquième semaine de congés payés (envie de foutre le feu). L’idée c’était que si on ne voulait pas prendre sa cinquième semaine, on pouvait se la faire racheter par la boîte. Ce qui ressemble JUSTE à une idée de merde comme ça est SURTOUT un premier pied dans la porte pour faire avancer l’idée qu’on pourrait aussi faire avec moins de vacances.

Alors que pardon, mais je crois qu’on pourrait surtout faire avec plus.

Troizi…tertio ? Qu’on vienne pas me raconter cette histoire de temps libre

À ce stade de ma purge, il y a une objection valable : mais de quoi tu te plains ? On n'a jamais eu autant de temps libre.

Et c’est vrai. Le sociologue Jean Viard a passé sa carrière à documenter ça, et il en retire une thèse : le travail ne serait plus le grand organisateur de nos vies. C'est fini, le temps où l'existence tournait autour du boulot. Place au Sacre du temps libre (son bouquin de 2002), voire au Triomphe d'une utopie (un autre, 2015). Et il avance ces chiffres : sous Napoluche, on passait environ 70 % de notre vie éveillée à travailler. En 1936, à la naissance des congés payés, on était à 40 %. Aujourd'hui : 14 %. Autrement dit, sur toute une existence, on bosse à peu près 67 000 heures (42 ans à 35 heures par semaine, congés déduits), sur quelque 700 000 heures vécues. Viard calcule qu'en un siècle, on a gagné 400 000 heures de temps à soi, quatre fois plus de temps libre que nos arrière-grands-parents. Et donc logiquement, le travail ne serait plus le pilier autour duquel s’organisent nos existences.

Autant je suis d’accord avec Viard sur une grande partie des réflexions qui en découlent, autant quand je vois ces chiffres, y’a un truc qui m’emmerde vachement. Statistiquement, je devrais fermer ma gueule : on a décroché le gros lot temporel, on vit dans l'utopie réalisée de tous ceux qui ont trimé, manifesté, et parfois perdu leur vie pour qu’on puisse chouiner sur nos vacances ratées. Sauf que voilà, à la lecture, j’ai pas l’impression que ça soit si vrai.

J’ai pas l’impression que nos vies sont à 90 % consacrées à autre chose que bosser. J’ai pas l’impression que le travail n’est pas le pilier de nos existences. J’ai plutôt l’impression que le travail continue de conditionner tout le reste : ce qu’on choisit comme études, où on vit, comment on s’habille, ce qu’on fait d’autre dans la semaine, est-ce qu’on construit une famille, notre santé physique et mentale, les moyens qu’on a, justement, pour profiter de la vie, le temps et l’énergie qu’il nous reste pour le faire.

Et j’ai même pas envie d’aller chercher la petite bête dans les chiffres.

Je vais la chercher ailleurs : dans l’intensification dont on a parlé plus haut déjà, qui nous fait nous dire : ok, peut-être qu’on a moins d’heures de travail sur une vie, mais téma les heures de travail en question.

Mais aussi dans l’accélération sociale, formulée par Hartmut Rosa, dont j’ai déjà parlé ailleurs, qui part justement de cette impression que plus on a de temps, moins on a l’impression d’en avoir. Il dégomme l'idée que le progrès technique nous ferait gagner du temps, et que le temps gagné serait du temps libre. Parce que ce temps, en réalité, on le réinvestit pour faire ENCORE plus de trucs. Résultat on doit courir de plus en plus vite juste pour rester à la même place.

La petite bête est aussi dans la capacité des 14 % de temps de travail à déborder sur les 86 % de temps restants (j’ai déjà parlé du droit à la déconnexion, cette vaste blague). Askip selon l’Apec, plus de la moitié (56 %) des cadres a du mal à décrocher le soir et/ou le week-end, et c’est 64 % chez les moins de 35 ans et les managers. Et 45 % des cadres qui travaillent en dehors de leurs horaires habituels estiment que cela nuit à leur santé mentale, proportion qui atteint 61 % chez les moins de 35 ans.

Bref, je veux bien qu’on ait plus de temps, mais c’est pas du temps libre. C’est du temps colonisé par le taf, les tâches, les injonctions, un temps dont il est injuste de nous enjoindre à profiter.

Quart… Quatrio ? Le paradoxe de la récupération

Non seulement l'intensification du travail rend les vacances plus nécessaires, non seulement on ne nous en donne pas plus, mais en plus, celles et ceux qui auraient le plus besoin de se reposer sont précisément ceux qui n'y arrivent pas.

C'est ce que la chercheuse Sabine Sonnentag, professeure de psychologie du travail à l'université de Mannheim, appelle le “recovery paradox”, le paradoxe de la récupération. Dans un article de 2018 publié dans Research in Organizational Behavior, elle synthétise des années de recherches et pose ce constat : plus un·e salarié·e est exposé·e à des stresseurs élevés au travail (charge, conflits, exigences émotionnelles, interruptions permanentes), plus il ou elle a du mal à se détacher psychologiquement du boulot une fois rentré·e chez soi ou en congés. Et comme on ne décroche pas, on ne récupère pas. Et comme on ne récupère pas, on revient encore plus dead. Et comme on est plus dead, on résiste encore moins bien aux stresseurs. Et c'est reparti pour un tour, et vous savez comment ça se finit : en burn-out.

C’est marrant, ça, parce que d’un côté, c’est une sorte d’évidence empirique : on voit tous·tes exactement de quoi elle parle.

De l’autre…. on a beau l’avoir tous·tes vécu, on s’en est aussi tous·tes voulu de ne pas réussir à se reposer précisément quand on en avait besoin. Ben voilà. C’est pas nous.

Quinto, cerise sur le gâteau : le climat

Et il est important de conclure en beauté avec le plus déprimax des arguments : s’il y a peu de chances que la pression à réussir notre été s’amenuise, la qualité des étés en question, elle est en train de partir en steak. Et le steak est bien bien cuit.

Je ne vous fais pas l’insulte d’essayer de décrire l’été multi-caniculaire qu’on vient de passer, mais je crois qu’on a tous·tes compris une chose : c’est probablement l’un des moins pires étés du reste de nos vies.

Et non seulement, alors qu’on a plus besoin de repos que jamais, nos étés vont devenir de plus en plus difficiles, mais en prime, ces étés difficiles sont… causés en partie par cet imaginaire des vacances “réussies” comme étant des vacances loin, en avion. Askip, le tourisme dans son ensemble, c’est 8 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Un très beau cercle vicieux : plus on s’épuise, plus on a besoin de repos, plus on nous enjoint à réussir nos vacances, plus on associe cette réussite au fait de partir loin, plus on part loin plus on nique la planète, plus nos étés sont pourris, plus on s’épuise, plus on a besoin de repos… Vous l’avez.

🧾 Tant qu'on parle joyeusetés de la rentrée : parlons facturation électronique
Partenariat avec Pennylane



Si vous êtes indep ou chef·e d'entreprise, vous-mêmes vous savez : cette rentrée, vacances foirées ou pas, il n'y a pas que 124 mails non lus qui vous attendent, mais aussi la facturation électronique, obligatoire depuis le 1er septembre 2026.

Avec Pennylane, qui soutient cette newsletter (et que j'aime de tout mon cœur) (je l'appelle "Penny") (je sais, c'est chelou d'avouer son amour pour un logiciel de compta, mais Penny a littéralement fait passer ma vie en compta de "un enfer administratif qui crée 3 mois de stress à l'approche du bilan" à un truc presque… agréable), bref, avec Pennylane, je vous explique le bail :

Qui ? Toutes les entreprises assujetties à la TVA. Les grands groupes, mais aussi les TPE, les PME, les indeps et les micro-entrepreneur·ses.

Quoi ? Deux choses :
- La réception : recevoir les factures électroniquement, obligatoire depuis le 1er septembre 2026
- L'émission : envoyer vos factures (obligatoire à partir du 1er septembre 2027 pour les TPE, PME et micro-entreprises).


Comment ? "Électronique" ça veut pas dire juste par mail, mais via une Plateforme Agréée immatriculée par l'État. C'est elle qui reçoit vos factures, les envoie à vos clients et transmet automatiquement au fisc les données prévues par la réforme (c'est l'e-reporting).

Ce que fait Pennylane. C'est une Plateforme Agréée immatriculée par l'État, 100 % conforme, et surtout facile à utiliser (si Pennylane c'est facile pour moi…). Concrètement, en trois étapes :
- inscription en 5 minutes
- signature du mandat en ligne (votre adresse de réception est générée instantanément)
- et c'est tout : votre adresse est référencée dans l'annuaire officiel, vos fournisseurs vous y retrouvent automatiquement.
Ensuite le Factur-X est généré automatiquement, l'e-reporting aussi. Émission et réception incluses dans tous les abonnements, sans surcoût.

Pour les micro-entreprises : c'est gratuit. Pas gratuit quinze jours. Gratuit, tout court.

Voici le lien.
Et les mentions légales

Franchement, la rentrée c'est déjà assez l'enfer, ça fait un problème de réglé.

La performance des vacances

Bref, ce que les chiffres du temps libre ne montrent pas, c’est que le temps libre n’est pas vraiment libre.

Il est contraint, il est insuffisant, et surtout, il ne sert en réalité qu’à une chose : se recharger juste assez pour être productif ensuite. On ne se repose pas pour se reposer, on se repose pour pouvoir continuer à bosser.

En gros, les vacances sont une station-service, où on doit réussir en un temps record à faire le plein pour se remettre vaillamment en route et faire la seule chose qui compte : créer de la valeur.

Et quand la station-service des vacances est en rade, ou quand on y arrive avec les quatre pneus crevés, quand on n’a pas la thune pour y faire le plein ou que, comme moi, on y trouve les chiottes tapissées de matières fécales, alors l’absolue inanité de l’injonction à “réussir” ses vacances nous saute vraiment aux yeux. Et souvent, même si on “réussisait” ses vacances, elles ne suffiraient de toute façon pas à nous remettre d’aplomb (95).

Et la blague dans tout ça, c’est que la station-service elle-même est un business qui se fait un pognon de dingue sur notre épuisement. Elle nous vend de l’évasion, du self-care, de la détox à des prix à la mesure de notre besoin de nous recharger, c’est-à-dire élevés. Plus on est à bout, plus on est censés dépenser beaucoup, partir loin, maximiser notre repos, optimiser notre détente.

L'injonction à “réussir ses vacances” est non seulement irréalisable pour énormément de gens, mais en prime, elle transforme ce qui est censé être un moment de liberté en KPI et en enjeu de performance. Se reposer n’est pas gratuit, parce qu’à la fin des vacances, on passe à la caisse. Et surtout, cette injonction fait reposer sur nos épaules le fait, en quelques petites semaines, de réussir à compenser tout ce qui rend nos vies intenables le reste du temps. Et si on n’y arrive pas, c’est de notre faute. On n’a pas “réussi”. On arrive à culpabiliser de ne pas réussir un truc techniquement impossible.

ET DONC.

Y’a deux options.

Option 1 : on cherche des solutions

Ces solutions, elles sont pas faciles à mettre en place, évidemment, mais voici, de tête et sans prétention de justesse, quelques idées :

  • on ne laisse absolument, mais ABSOLUMENT pas passer ce discours qui voudrait qu’on a déjà trop de vacances et que c’est peut-être pas absurde de les réduire. Si vous voulez des arguments, j’en avais listés quelques-uns sur mon Insta l’année dernière. Parce que ce discours, s’il est passé par ici, il repassera par là. Et il n’a qu’un but : ouvrir un peu la fenêtre d’Overton pour nous préparer, petit à petit, à l’affaiblissement de ce qui est un droit, un acquis social, et en aucun cas un privilège.

  • mais défendre un acquis ne suffit pas : il faut repasser à l’offensive. J’en avais fait tout un article manifeste, mais si on se contente d’essayer de défendre ce qu’on a, on se condamne à lâcher, peu à peu, nos positions. Alors que la réalité, c’est que le travail s’intensifie, devient de plus en plus générateur de souffrance physique et psychique, et qu’il est NORMAL que si notre productivité augmente, en face, le temps de repos s’allonge. Moi je suis maxi-pour la réduction de la semaine de travail, mais je ne vois absolument pas en quoi exiger une sixième semaine de vacances serait illogique.

  • on ne demande pas aux vacances de faire le taf qu’un arrêt maladie devrait faire : et je dis ça en tant que meuf qui a déjà pris des vacances pour se remettre d’un burn-out. Oui. À l’époque, quand la boîte me l’avait suggéré, j’avais trouvé ça parfaitement normal d’utiliser mes congés pour me remettre d’un épuisement… causé par le taf. Alors que ce n’est PAS leur rôle. C’est le rôle des arrêts. Voilà c’est dit.

  • on refuse le concours de b*tes des vacances : un effet, que j’observe, en chouinant à la ronde, avec force détails, sur mes vacances pétées, c’est que… ça aide à ouvrir les vannes. Et à comprendre qu’en fait, derrière les stories paradisiaques, on est BEAUCOUP à ne pas avoir vécu les vacances qu’on espérait, et à ne pas revenir dans l’état qu’on souhaitait. Je suis assez convaincue que si on arrête d’entretenir ce mensonge qui nous dessert tous, et de s’entre-foutre la pression les uns aux autres, eh bien seulement là, on pourra collectivement s’avouer que les vacances qu’on a sont insuffisantes, que ce n’est pas de notre faute à nous, et commencer à questionner un système absolument pété.

  • et pardon je glisse ça là au passage : mais pourquoi pas rebasculer toutes les aides de l’aviation sur le train, histoire que le mode de transport le plus écologique soit aussi, éventuellement, le plus économique ? NON MAIS JE SAIS PAS JE DEMANDE ?

Option 2 : on lâche l’affaire et on accepte que les vacances soient une performance

Mais dans ce cas, pardon, mais on y va à fond.

Non parce que si on trouve que cette situation est acceptable, ok, mais alors autant faire ça BIEN.

Et donc, pour tenir ma promesse initiale de m’utiliser en martyr cathartico-foireux, je vais procéder à ma PERFORMANCE REVIEW sur ces vacances. Enfin, ma SOUS-PERFORMANCE REVIEW.

📊 BILAN DE SOUS-PERFORMANCE
SEMAINE DU 17 AU 24 AOÛT 2026

Collaboratrice : Séverine Bavon
Évaluatrice : Séverine Bavon

1. RAPPEL DU CONTEXTE

Avant tout, il convient de rappeler le périmètre de la collaboratrice. Étant indépendante, celle-ci occupe, au sein de l'Entreprise, l'intégralité des postes : elle est la collaboratrice, sa manager, sa responsable RH, sa direction, sa comptable et bien sûr, sa Chief Happiness Officer.

La responsabilité à la fois de poser ses congés mais aussi de les valider incombe donc totalement à la collaboratrice, et force est de constater qu’elle ne fait, à date, pas un excellent usage de ce pouvoir.

Dans ce contexte, la collaboratrice s'est vu attribuer une (1) semaine de congés, dotation exceptionnelle prélevée sur un capital annuel déjà famélique. Sur cette unique semaine reposaient : trois (3) objectifs stratégiques, deux (2) espoirs fous, un (1) besoin vital, sept (7) mois de fatigue reportée, et la totalité de sa santé mentale du second semestre.

2. OBJECTIFS ET RÉSULTATS CLÉS (OKR)

Objectif 1 : Se reposer.

  • KR 1 - Dormir plus de 8h par nuit (cible : 9h) : non atteint (moyenne constatée : environ 7h, dont un nombre significatif passées à fixer le plafond)

  • KR 2 - S’emmerder, ne serait-ce qu’une heure : non atteint (toute amorce d’ennui ayant été immédiatement compensée par consommation compulsive de contenus)

  • KR 3 - Faire une (1) sieste affalée sur le canap avec de la bave au coin des lèvres : non atteint (avec ou sans bave) (elle a en revanche atteint, à plusieurs reprises, le stade “allongée, en train de penser à ce qu’elle doit faire à la rentrée et à quel point elle n’en a pas l’énergie”, qui ne figure dans aucun protocole de récupération connu)

  • KR 4 - Revenir avec un taux de cortisol inférieur à celui du départ : non atteint (le seul metric en hausse est justement celui du taux de cortisol)

La collaboratrice est rentrée plus fatiguée qu’elle n’est partie, ce qui constitue, en termes de rendement, une performance négative. Il semblerait qu’elle ait simplement déplacé sa fatigue d’un point A à un point B, puis l’ait rapportée au point A, agrémentée de davantage de fatigue. On notera une forme de constance dans la recherche de l’épuisement, malheureusement contraire aux valeurs prônées par l’Entreprise.

Objectif 2 : Déconnecter et s’aérer la tête

  • KR 1 - Ne pas penser au travail pendant au moins 48h consécutives : non atteint (il a même été observé une consultation quotidienne des mails professionnels ainsi qu’une succession de pics de stress à l’idée de la rentrée) (on note une belle capacité à faire des scénarios apocalyptiques, compétence malheureusement non valorisée sur le marché).

  • KR 2 - Lire au moins 2 classiques qu’il est cool de dire qu’on les a lus : non atteint (la collaboratrice a lu la moitié du Rouge et le Noir. Elle a donc lu, techniquement, Le Rouge)

  • KR 3 - Réaliser une activité culturelle : non atteint (la collaboratrice a argué que regarder un documentaire en streaming “ça compte un peu”, l'Entreprise rejette cette position)

On observe chez la collaboratrice une incapacité structurelle à habiter le présent. Elle traite chaque minute de temps libre comme une dette à rembourser, ce qui est contraire au plan formalisé en début d’année. Le repos lui-même a été managé (et précisons, mal managé) comme un projet, avec objectifs, jalons et sentiment d'échec à la clé, soit exactement le mécanisme que l'Entreprise dénonce à longueur de newsletters. On alerte également sur un usage compulsif d’Instagram pour vérifier si les gens étaient toujours à la plage (oui).

Objectif 3 : Revenir prête à attaquer la rentrée

  • KR 1 - Afficher un bronzage insolent : non atteint (aucune teinte exploitable en photo de profil ni conversation starter de type “t’as bonne mine, t’étais où ?”)

  • KR 2 - Rentrer avec au moins une (1) anecdote de vacances : atteint, pleinement. (la collaboratrice dispose désormais d'une anecdote marquante, mémorable et facile à raconter, on note toutefois, pour le cadrage des objectifs 2027, la nécessité de préciser “anecdote positive”, la formulation actuelle s'étant révélée exploitable de façon contre-productive)

  • KR 3 - Se sentir “rechargée à 100 %” : non atteint (la collaboratrice est rentrée en dette d'énergie, situation que le plan initial ne prévoyait à aucun moment, l'hypothèse d'un repos qui fatigue n'ayant pas été jugée réaliste au moment du cadrage)

La collaboratrice a réussi à transformer une semaine de congés en audit détaillé de ses propres défaillances. C'est, paradoxalement, la seule tâche de la période menée à son terme, dans les délais et avec un vrai souci du livrable. On salue une capacité rare à s'auto-exploiter y compris en l'absence totale d'employeur pour l'y contraindre.

3. AXES D’AMÉLIORATION

  • Apprendre à optimiser sa récupération en environnement contraint : Puisque la dotation en congés n'augmentera pas, il revient à la collaboratrice de se reposer mieux dans le temps imparti. Il lui est recommandé d’essayer le yoga et de réserver dès maintenant une retraite détox à ses propres frais.

  • Développer davantage sa marque personnelle : il est recommandé à la collaboratrice de mettre en scène des vacances réussies sur les réseaux, indépendamment de leur réussite effective. Le livrable attendu est une présence accrue sur Instagram, qui rejaillira positivement sur l’image de l’Entreprise, l’Entreprise étant la collaboratrice.

  • Cesser de chouiner et internaliser la charge mentale : Plutôt que de réclamer l’assainissement des rythmes ou davantage de congés, la collaboratrice gagnera à considérer sa charge mentale comme une preuve de sa polyvalence, de sa résilience et de sa capacité à sortir de sa zone de confort. Sa culpabilité d’avoir raté ses vacances devrait être valorisée comme la preuve qu’elle a su internaliser les injonctions. On rappelle que se plaindre n’a jamais rien fait avancer, à l'exception notable de l'ensemble des droits sociaux acquis depuis 1936.

  • Se remettre en question : Si la collaboratrice revient de congés aussi épuisée, c'est peut-être le signe qu’elle est inadaptée au monde du travail, et pas l’inverse. Il lui est recommandé de mobiliser son CPF pour financer un bilan qui l'aidera à identifier sa “zone de génie” et, le cas échéant, à pivoter vers un métier plus adapté à sa constitution fragile.

Conclusion

La collaboratrice a échoué à se reposer, échoué à déconnecter, échoué à revenir présentable. Sur les dix (10) indicateurs suivis, un (1) seul a été atteint, et il l'a été par un squatteur.

L'évaluatrice tient toutefois à souligner la cohérence remarquable de ces résultats. Car la collaboratrice n'a pas échoué par négligence : elle a échoué avec application. Le résultat est catastrophique, mais le process a été scrupuleusement respecté.

C'est là, du reste, le véritable enseignement du bilan : le dispositif fonctionne parfaitement. Il produit exactement ce pour quoi il est conçu : une personne épuisée, convaincue que son épuisement est une affaire privée, et prête à financer elle-même les solutions censées y remédier. À ce titre, l'échec de la collaboratrice peut être considéré comme une réussite au niveau systémique.

CDLT,

Sev

CDLT

Par Séverine Bavon

Ancienne employée, dirigeante d’une entreprise dans le freelancing, j’aime mettre les pieds dans 1/ le plat 2/ les évolutions du monde du travail. Je m’attaque, toutes les deux semaines, à un sujet lié au taf qui pose problème, qui m’énerve, ou qui devrait changer, avec une verve de tenancière de PMU et des sources académiques.

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