Hé merde, on va parler politique


📚 Point livre : Ciao les nazes est toujours dispo en librairie et j’ai été interviewée par Cosmo ! Les 11 et 12 avril je suis à Saumur pour ce qui est probablement le salon le plus “moi” qu’on puisse imaginer : Les Journées Nationales du Livre et du Vin, avec pour thème : l’humour. Mes trois passions réunies en un seul endroit. C’est un peu ma version adulte de Disneyland.
🎙️ Point podcast : comme d’hab, cet article est dispo en version audio dans le podcast CDLT, sur Spotify, Apple Podcasts et Deezer.
Pour info, y’a eu une petite merdouille : je viens de passer sur Acast et j’ai perdu un mois d’épisodes, que je vais réuploader d’un coup ça va être le bordel. MAIS GOOD NEWS pour les esthètes audio : CDLT va désormais être sur Tidal.
💶 Point soutien de la création : attendez non seulement vous êtes super, mais super… de façon continue ? On a bouclé le mois à 308 € de tips récurrents sur le Tipeee de CDLT. Je… merci.
🧫 Point étude : Déjà près 58 réponses à mon sondage Ipsauce sur vos pires process de recrutement. Et purée… sur 58 réponses, il y a 53 pavés : effectivement vous aviez besoin de purger. En vous lisant, j’ai alterné entre envie de mettre le feu et cœur en miettes. Je laisse le sondage encore un peu en ligne si d’autres personnes ont besoin de vider leur sac. Ça promet un article comme la glace Cookie Dough de Ben&Jerry’s avant la shrinkflation : savoureux, avec des gros morceaux de n’importe quoi dedans, qui fait plaisir et donne un peu mal à la tête à la fois.
Oh là là, je suis surex.
Vraiment.
Parce que je m’attaque à un type bien précis d’article CDLT : l’article pas cuit. Celui où, quand je commence, je ne sais pas encore ce que je pense. Et où j’ai bon espoir d’essayer de comprendre ce que je pense en l’écrivant, en live, sous vos yeux.
Tout ce que je peux dire avant de commencer, c’est que je crois que ce qui se passe dans ma tête est un peu gros. Un peu important. Qu’un truc nouveau est en train d’émerger et que cet article va en être le point de départ.
Avant de commencer, il faut que je place trois points de contexte.
Point de contexte 1 : il faut que je vous confesse un truc. C’est un peu gênant, mais vous allez comprendre. Je dois commencer par avouer que… j’adore voter. Ouais, je sais. J’ai beau avoir connu tous les facteurs de démotivation imaginables (avoir “voté utile” absolument toute ma vie et avoir observé des candidat·es issu·es dudit vote utile croire en un plébiscite, avoir voté pour des candidat·es qui m’ont déçue jusqu’à la rate, avoir voté par conviction et voir mon vote ignoré…), ben j’adore toujours voter. Je ne peux pas l’expliquer, mais je ne vais pas au bureau de vote, je SAUTILLE vers le bureau de vote. Je n’arrive pas, malgré toutes les preuves qui vont dans ce sens, à souscrire au discours “voter ne sert à rien”. Dans ma petite bulle de naïveté politique, on a sacrément de chance de pouvoir voter, j’aime à croire qu’on sait dépasser nos propres intérêts et penser à ceux des autres, les campagnes sont un moment formidable où on se questionne collectivement sur ce qu’on souhaite, et les soirées électorales sont mon Superbowl. Je ne comprends PAS, alors que je suis aussi dépitée que n’importe qui par l’état de la politique, pourquoi je parviens, À CHAQUE ÉLECTION, à retrouver une forme d’espérance utopiste que tout ça sert à quelque chose et que des trucs vont changer en mieux. BREF. Tout ça pour illustrer le fait que j’ai beau ne pas aimer LA politique, et ne pas porter dans mon cœur LES politicien·nes, il reste en moi une sorte d’attachement ardent pour tout ce qui touche AU politique. Je sais, c’est touchant. “Touchant” prononcé avec le même rictus que quand on dit “gentil” dans le monde du travail.
Point de contexte 2 : pourtant, je me retiens autant que je peux de parler politique publiquement et surtout ici. “Autant que je peux” signifie que je n’y arrive pas, vous l’aurez noté, mais que, franchement, ça serait pire si je m’écoutais. Je n’en parle, à date, que quand le lien que je peux tisser avec le travail est plutôt clair. Ça donne l’article pré-linké sur comment notre vision du pouvoir (en politique comme dans l’entreprise) est éclatax, ou mon manifeste sur le déclin. Et… ça me frustre de ne pas parler politique. Pas parce que je pense que mon avis sur le sujet a une quelconque valeur, mais parce que je pressens que je loupe un truc. Que le lien entre politique et travail est beaucoup plus intéressant que, juste, les comparer en miroir, ou essayer d’exhorter les politicien·nes à se préoccuper un peu plus du travail. MAIS PLOT TWIST…
Point de contexte 3 : c’est en train de changer. Y’a sûrement plein de gens parmi vous qui allez ricaner en me lisant parce que c’était pourtant évident. Mais voilà, la veille de l’écriture de cet article, Attaa, de Mouvement T, m’a envoyé un document qui n’a pas occasionné l’habituel crac-boum dans ma tête, mais une fucking DÉFLAGRATION. Et je galère encore à mesurer le diamètre du cratère. J’ai littéralement bingé ce doc comme si c’était une série Netflix, et je l’ai envoyé autour de moi pour qu’on m’aide à savoir pourquoi ça me chamboule autant (un immense merci à Gabriel qui m’a partagé ses hot takes à la volée… sous la forme d’une liste d’environ 50 bullet points et qui m’a inspiré un bon bout des réflexions qui vont suivre). BREF, j’ai lu ce doc et depuis c’est le bordel là-dedans, donc j’ai besoin d’écrire cet article pour commencer, doucement, à ranger ma chambre mentale. Et donc, alors que d’habitude ici, soit je pars d’une thèse et je la confronte à la réflexion d’autres gens, soit je laisse la réflexion d’autres gens m’aider à construire ma thèse, là… je vais partir de la thèse d’autres gens pour essayer, plus ou moins, de comprendre ce qu’elle implique.
Trève de teasing, le document, c’est “La politique au travail”, une note d’orientation de Yann Algan, Antonin Bergeaud et Camille Frouard, sortie le 9 mars dernier et fondée sur une étude assez dingo, qui éclaire pour moi un truc que je n’avais absolument jamais réussi à formuler sur le lien entre politique et monde du travail : oui bien sûr, évidemment que le travail est politique, évidemment que la politique influence le travail, mais, mais surtout… attention je suis trop excitée je vais mettre des majuscules allez voilà c’est parti EN FAIT CE QU’ON VIT AU TRAVAIL INFLUENCE, NON, FABRIQUE DIRECTEMENT NOS POSITIONS POLITIQUES. PEUT-ÊTRE MÊME PLUS QUE TOUT LE RESTE.
Si.
Attendez.
Avant d’essayer d’analyser, faut que je vous explique ce que contient cette étude, vous allez voir, c’est FOU.
Je suis sincèrement exaltée par une note de 36 pages de HEC, sachez que j’ai complètement conscience de la situation et que je me regarde de l’extérieur en me jugeant.
Mais voilà.
Ce que fait cette étude, déjà, c’est qu’elle prend un angle assez simple, mais que personne n’avait vraiment exploré comme ça en France : elle regarde, à l’intérieur d’une MÊME catégorie de salarié·es (même métier, même niveau de salaire, même type d’entreprise) ce qui les différencie en fonction leurs affinités politiques. Autrement dit, elle laisse de côté les axes traditionnels de comparaison sur le travail (en gros, salaire, position hiérarchique et niveau d’éducation, les classiques) pour se demander s’il n’y a pas quelque chose qui peut expliquer le positionnement politique autrement : PAR L’EXPÉRIENCE AU TRAVAIL.
Et elle trouve des trucs, cette étude. Oh mon dieu elle trouve des trucs.
(Sachez que c’est PHYSIQUEMENT douloureux de résumer alors que j’ai, en toute transparence, surligné une phrase sur deux dans l’étude.) Les différences politiques semblent s’expliquer BEAUCOUP MOINS par le salaire, le niveau d’éducation ou la position hiérarchique que par LE VÉCU du travail. À situation sociale comparable, la façon dont on se sent dans son job, la façon dont on le perçoit, la qualité des relations au taf sont un prédicteur BEAUCOUP PLUS PUISSANT des affiliations politiques.
Et c’est là que je m’éclate à vous retranscrire (tout en souffrant terriblement de devoir aplanir toutes les nuances) les profils qu’iels identifient :
Les salarié·es proches de la Gauche radicale (comme eux je vais utiliser alternativement “Gauche radicale” et “LFI”) ont de bonnes relations avec leurs collègues, un fort sentiment de solidarité et d’utilité, mais une DÉFIANCE TRÈS CLAIRE ENVERS LA DIRECTION, ET L’INSTITUTION “entreprise”. Les émotions qui les caractérisent c’est l’inquiétude, la lassitude et la colère, celles de gens qui attendaient mieux.
À l’inverse, les salarié·es proches du RN (là pareil je dirai “RN” ou “Droite radicale”) ont tendance à faire davantage confiance à l’entreprise en tant que structure, mais BEAUCOUP MOINS AUX GENS avec qui iels travaillent au quotidien. Moins d’entraide, moins de sentiment d’appartenance. Iels sont plus nombreux·ses à avoir le sentiment que leurs idées ne sont pas écoutées, qu’iels ont peu de prise sur les décisions et restent à la marge du collectif. Bref, iels vivent une expérience quotidienne au travail plus isolée, solitaire, marquée par un éloignement et une méfiance envers leurs collègues.
Je me permets d’interrompre ma liste dès le deuxième bullet point pour insister sur un truc ouf : c’est que la confiance est un énorme prédicteur des attitudes politiques. Ce que ces deux électorats ont en commun, c’est la défiance. Mais dans le cas des salarié·es LFI, elle est verticale (envers l’institution), dans le cas des salarié·es RN, elle est horizontale (envers leurs pairs). Vraiment ça me déflagre le ciboulot, mais on ne fait que commencer. Je ne peux pas ne pas faire un petit point sur :
Les électeur·ices centristes, avec l’une des punchlines les plus savoureuses de cette note d’orientation qui n’en manque pourtant pas : “Le Centre vit dans un autre monde”. Le Centre il est content. Les sympathisant·es de Renaissance et plus largement les centristes, iels ont tout : confiance, sérénité, épanouissement. Iels vont bien, tout va bien.
On fait un micro-détour (uniquement par acquit de conscience) par la Droite traditionnelle qui va bien aussi, et la Gauche modérée qui, diplômée mais mal payée, est plutôt apaisée dans une recherche de collectif et d’appartenance. Voilà c’est dit.
Et on termine par les non-affilié·es (là, l’étude fait un raccourci “non-affilié·es = abstention”, c’est majoritairement vrai mais c’est plus compliqué que ça, mais si je pars dans l’analyse du profil des attentistes identifié·es par Destin Commun on en a pour 2 semaines), avec une autre succession de bangers que je vais citer dans le texte : ce sont “ceux qui ont cessé d'attendre”. Assez proches des salarié·es RN en termes de vécu, iels sont isolé·es au travail et ont un faible sentiment de reconnaissance. Ce que ça produit est différent des salarié·es RN : de l’atonie. Ni colère ni frustration ni espoir, un grand bain de rien. “L’électeur non affilié n’est pas frustré parce qu’il n’aspire plus. Il a cessé de rêver.”
Franchement, je saute sur ma chaise comme un cabri là, parce que je ne sais pas si je vais réussir à formuler ce que tout ça signifie aussi clairement que je le voudrais. Ok. On savait déjà qu’il y a deux prédicteurs du vote radical qui dépassent le revenu et le diplôme : la confiance interpersonnelle et la satisfaction dans la vie. Ce que ça signifie, déjà, c’est que le vote est moins prédit par la classe sociale que par le vécu (je cite “le rapport subjectif au politique a remplacé le vote de classe”), et surtout la perception qu’on a de sa propre vie : est-ce qu’on se sent à l’aise, valorisé·e, ou en déclassement ? Alors oui bien sûr, le fait que notre vécu quotidien influence notre perception politique ça tombe sous le sens, mais le truc que cette étude pointe, c’est que, hé merde j’ai encore envie de mettre des majuscules, CETTE PERCEPTION SE CONSTRUIT TRÈS PROBABLEMENT AVANT TOUT AU TRAVAIL.
PAF.
C’EST FOU, JE VOUS AVAIS PAS MENTI. C’est un peu le most ambitious crossover in political history. Le travail qui rencontre la politique, mais pas comme dans une comédie romantique : comme quand on réalise que les deux personnages étaient en fait un seul personnage depuis le début. Le vécu au travail est STRUCTURANT dans la construction de l’affiliation politique, suffisamment pour produire des écarts MASSIFS entre des gens qui, sur le papier, évoluent dans les mêmes environnements et font partie des mêmes CSP, et donc pourraient penser à peu près pareil.
Je vais clore cette première sous-partie pour aérer et continuer à m’exciter dans la deuxième.
L’étude pointe des contradictions qui touchent à la satisfaction au travail et vont globalement à l’encontre de beaucoup de trucs qu’on considérait comme évidents.
On pourrait s’attendre à ce que les gens les plus isolés, les moins intégrés, les moins soutenus soient aussi les plus insatisfaits au travail. Sauf qu’en fait non.
Les salarié·es proches du RN, qui décrivent des relations de travail plus distantes, moins d’entraide, moins de collectif, se déclarent en moyenne plus satisfait·es de leur travail que
les salarié·es proches de la Gauche radicale, qui sont insatisfait·es mêmes s’iels évoluent dans des environnements pourtant plus solidaires et plus coopératifs, tandis que
les non-affilié·es ne sont ni particulièrement satisfait·es, ni particulièrement en colère.
Et pour expliquer ça, les chercheur·ses avancent que tout le monde n’attend pas la même chose du travail, et donc, tout le monde ne juge pas sa situation avec les mêmes critères.
Côté LFI, l’attente porte beaucoup sur le sens, l’utilité, la cohérence entre ce qu’on fait et ce qu’on pense. Et quand cet alignement n’est pas là, la frustration est terrible, même si, dans le quotidien, les relations sont bonnes et le collectif fonctionne. Punchline : “le salarié sympathisant LFI attend du travail qu’il change le monde”. Attendez y’en a une encore plus incroyable : “L’électeur LFI aspire à un travail émancipateur et ne le trouve pas. Cette frustration est existentielle”. Leur aspiration est collective, leur insatisfaction est existentielle.
Côté RN, l’attente est ailleurs. Elle porte davantage sur la reconnaissance, le statut, la progression, le fait d’avoir une place claire et visible. “Le sympathisant RN quant à lui attend du travail qu’il lui donne une place dans la société : fierté, promotion, statut.” Et c’est là que le décalage apparaît : celles et ceux pour qui ces dimensions comptent le plus deviennent insatisfait·es quand iels se sentent pas assez reconnu·es et sont bloqué·es dans leurs perspectives. Leur aspiration est individuelle, leur insatisfaction est matérielle.
Allez je m’offre une autre punchline sur les centristes que je n’ai même pas besoin de commenter : “Le salarié Renaissance affiche un contentement quasi systématique : ses aspirations sont calibrées sur ce que le réel délivre.” En fait si, je vais commenter : ça a l’air maxi-reposant.
En bref : exigences différentes envers le travail —> vécus différents —> déceptions différentes —> positions politiques différentes.
En fait le vote RN c’est pas une histoire de perdants et de gagnants et ça, c’est assez renversant. Moi j’ai toujours eu du mal à souscrire à la transposition importée des US du vote protestataire RN comme d’un vote de “perdant·es de la mondialisation”, et l’étude m’aide à comprendre pourquoi.
Déjà, parce que, on le sait depuis quelque temps mais ça va mieux en le disant, le RN est le premier parti chez les cadres (14 %), devant Renaissance et LR (13 %). JE RÉPÈTE PARCE QUE C’EST QUAND MÊME CHTARBÉ : RN = PREMIER PARTI CHEZ LES CADRES.
Mais aussi, ce que montre l’étude, c’est que la Gauche radicale est la plus inquiète face aux transformations du travail (perte d’emploi, délocalisation, sous-traitance, remplacement par l’IA) : une impression de précarisation constante qui traverse tout l’électorat, quel que soit le poste. Alors que la Droite radicale n’est… pas particulièrement inquiète. Sa colère se concentre plutôt sur ses propres perspectives de promotion.
En fait les salarié·es LFI voient l’économie comme un jeu à somme nulle : pour que certains gagnent, il faut forcément que d’autres perdent. C’est cette perception qui est à l’origine de leur insatisfaction et de leur perception accrue des inégalités, mais aussi de leur recherche de dialogue social. Les autres profils adhèrent beaucoup moins à cette vision, et pas forcément parce qu’ils pensent que tout va bien, mais plutôt parce qu’ils ne lisent pas leur situation à travers ce prisme-là. Résultat, le RN adhère plus nettement au libéralisme économique tout en étant le moins attaché au dialogue social : en gros c’est chacun pour soi.
J’en ai pour 40 minutes de temps de lecture si je fais une sous-partie à chaque fois, donc let’s go pour une petite liste des autres trucs qui m’ont fait exploser le cerveau, et qui découlent un peu des précédents :
En vrai, il n’y a pas qu’un seul bloc RN : il y a deux profils très différents qui coexistent à l’intérieur du même électorat : des “RN heureux·ses” et des “RN malheureux·ses”. La différence se joue presque entièrement sur le vécu au travail, et notamment sur la qualité des relations. Les “heureux·ses” travaillent beaucoup plus souvent dans des petites structures (genre TPE), où les relations sont plus directes, plus personnelles, où la proximité crée du lien. Les “malheureux·ses” sont davantage dans des grandes entreprises, avec plus d’anonymat, moins d’interactions, et un sentiment d’isolement beaucoup plus fort. Ce que ça implique est assez foufou : il y a une fracture profonde au sein de l’électorat RN, qui est plus une coalition culturelle qu’un groupe structuré, avec d’un côté un bloc intégré, libéral qui vote donc RN pour des raisons identitaires (TOUT VA BIEN DANS LEUR VIE, IELS SONT JUSTE RACISTES) et de l’autre côté un bloc lassé et isolé qui vote aussi par protestation sociale. Ça explique un petit peu pourquoi y’a pas vraiment de ligne claire sur l’économie au RN : en formuler une ça serait se mettre à dos une partie des électeur·ices. Et DONC ça donne peut-être une piste (À BON ENTENDEUR…) : “Si les questions économiques prenaient le devant de la scène, la coalition pourrait se fissurer”. Ça donne vachement envie de les mettre sur le devant de la scène je trouve.
Le rapport au télétravail varie très fortement entre les groupes : les salarié·es LFI y sont largement favorables, parce qu’il est associé à plus d’autonomie, plus de contrôle sur son temps (et iels veulent du temps), alors que les salarié·es proches du RN y sont BEAUCOUP plus réticent·es. Et ça coule de source : quand une expérience du travail est déjà marquée par l’isolement, le télétravail vient remuer la scie sauteuse dans la plaie.
Je refais un point sur la confiance car c’est hyper important : la confiance dans les collègues est l’un des meilleurs prédicteurs de l’ouverture aux autres en général, y compris sur des sujets comme l’immigration. Plus on fait confiance aux gens avec qui on travaille, plus on est ouvert·e. Moins on leur fait confiance, plus on est dans une logique de méfiance. Et ça traverse toutes les catégories sociales. PARDON MAIS C’EST FOU. On présumait que globalement, le vote RN était une histoire de repli, mais ce repli ne se construit pas seulement de façon abstraite, par les médias et le discours, il se construit chaque jour dans un environnement de travail où le collectif dysfonctionne.
PURÉE SINCÈREMENT j’ai vraiment fait de mon mieux sur ce résumé et j’ai quand même l’impression de ne pas avoir rendu justice au taf de recherche (lisez-le si vous pouvez, c’est pas aussi page-turner que La Femme de Ménage, mais franchement… pas loin) (bien sûr que j’ai lu La Femme de ménage). Si vous n’avez ni le temps ni l’envie de lire, de toute façon il est assez clair que je vais y revenir dans de prochains articles hein.
Attendez, je crois que je commence à comprendre pourquoi tout ça me met la tête en vrac. Et quand je dis que je commence, je pense qu’un article ne suffira pas à creuser le sujet, mais il faut bien commencer quelque part.
En fait, jusqu’ici, quand on me demandait pourquoi CDLT — dans le sens de ce qui me porte, toutes les deux semaines, à trouver l’énergie et le temps de poser mon fiak sur ma chaise, mes grosses lunettes sur mon nez et mes microscopiques mains sur mon clavier pour déverser le contenu de mes tripes — je répondais des choses tout à fait vraies : une intolérance à l’injustice, une source de colère visiblement inépuisable, les formidables retours de mes lecteur·ices qui me donnent l’impression de servir à quelque chose.
Quand on me demandait pourquoi cette obsession du monde du travail, je répondais d’autres choses tout à fait vraies : une expérience perso qui est entrée en clash avec la précitée intolérance à l’injustice, le fait qu’on y passe quand même un gros bout de nos journées, et l’impression qu’il y a un truc profondément injuste et anormal à voir tant de gens souffrir pour ça.
Tout ça est vrai, mais, en dévorant ce doc comme un tube de Pringles et en tentant d’en extraire les trucs qui m’y intéressent, si ma tête a EXPLOSÉ c’est parce que je crois que j’ai compris ce qui lie toutes ces choses, mais aussi ce qui lie tous, absolument tous les sujets que j’ai abordés jusqu’ici : notre expérience du monde du travail structure nos vies bien sûr, mais elle structure bien plus que ça. Elle fabrique notre vision du monde. Et par extension, elle façonne nos convictions politiques. Qui, ensuite, dirigent notre vote. Vote qui influence le monde dans lequel on vit (si on croit dans le vote bien sûr, mais bon maintenant vous comprenez mon premier point de contexte du début) (et je le comprends par la même occasion hein, j’avais rien prévu).
Si je raccourcis, ça veut dire un truc absolument vertigineux : notre expérience du monde du travail façonne, à terme, le monde dans lequel on vit.
Pardon mais c’est fascinant ET terrifiant.
C’est fascinant, parce que ça replace le monde du travail au CENTRE des enjeux politiques d’aujourd’hui. Pas comme UN sujet de société mais peut-être bien comme LE premier sujet de société, puisque… c’est là qu’on fait (ou ne fait pas, donc) société.
C’est terrifiant parce que ça laisse BEAUCOUP TROP de pouvoir aux entreprises, qui, je ne vous l’apprends pas, en font n’importe quoi.
Ça me donne l’impression à la fois d’une grosse théorie unificatrice de tout le taf que j’ai fait sur CDLT jusqu’ici, et d’ouvrir un champ radicalement nouveau à ce que j’explore dans cette newsletter. Qu’on s’entende, j’ai complètement l’intention de continuer à faire tout pareil, en alternant des articles à la con et des mastodontes à lire en 12 fois. Mais j’ai soudain l’impression de comprendre… pourquoi je le fais ? Ce que ça participe à construire ?
Non mais attendez, on dirait que je délire, j’en ai conscience, donc je vais me livrer à un petit exercice : mettre en relation ce que cette étude formule, et que j’ai tenté de formuler ces dernières années.
L’étude décrit quelque chose de troublant et qui est probablement l’une de ses conclusions les plus flippantes : “l’atonie professionnelle précède l’atonie civique”. Elle décrit des salarié·es dont le profil est très similaire à cellse et ceux du RN (isolement dans les relations de travail, faible sentiment de reconnaissance), mais qui au lieu de réagir par la colère, réagissent en… arrêtant d’espérer, en se désengageant dans le taf comme dans la politique. À la fin de “Vous êtes fatigués”, je formulais un truc approchant, mais j’y étais pas : “Je pense que l’employé fatigué, qui n’a ni la force de revendiquer ni la force de chercher un autre taf, est aussi l’employé parfait. […] Mais, et c’est là que je fais un saut dans le vide : je pense que l’électeur fatigué est aussi l’électeur idéal, du moins pour les forces réactionnaires, populistes, nationalistes et autoritaires qui prospèrent sur l’usure démocratique.”
En fait, je faisais le miroir, mais je ne faisais pas le lien. L’étude fait le lien. Mind: blown.
Et en faisant le lien, elle rend soudain ASSEZ PRÉOCCUPANTE la situation actuelle dans beaucoup d’entreprises, si on se dit qu’en dépossédant leurs salarié·es de leur autonomie, de la fierté du travail bien fait, de la reconnaissance qu’iels méritent et de leurs perspectives, alors elles créent une apathie qui déborde bien au-delà du travail, jusqu’au vote.
C’est précisément contre cette atonie que j’expliquais que j’en avais marre qu’on nous vende du déclin inéluctable, que je concluais par :
“Et ça commence par refuser le déclin.
Ça continue en ne laissant plus jamais quiconque nous mentir sur qui on est.
Ça enchaîne par nous définir nous-mêmes.
Et ça se termine en repassant à l’offensive.”
Il y a un truc ouf aussi dans ce paper, c’est l’idée que la satisfaction au taf n’est pas directement corrélée à la réalité de l’expérience vécue, mais aux attentes que l’on projette sur son travail. Ce qui explique que des salarié·es RN plus isolé·es soient plus satisfait·es que les gauchos pourtant mieux entouré·es, c’est en gros trois trucs :
La confiance dans les entreprises : si on adhère au modèle “entreprise”, on s’y sent plus satisfait·e que si on la voit comme un lieu d’exploitation.
Où on tire de la fierté au travail : côté RN c’est le statut, côté LFI c’est le sens, et donc forcément, sur la question du sens, les LFI en attendent davantage et sont… ça ne sera une surprise pour personne au vu de l’état des choses… plus profondément déçu·es.
Le sentiment de déclassement : à diplôme et salaire comparables, les sympathisant·es LFI se perçoivent davantage comme déclassé·es.
Et ça, c’est un truc sur lequel j’ai buté mille fois sans jamais réussir à éclaircir le bousin. Depuis “Les Français détestent-ils le travail ?” jusqu’au dernier article en date, en passant par “Est-on un pays de Gaulois réfractaires ?”, je tourne autour de cette idée que les stats disent tout et son contraire, et que la relation des Français·es au travail est profondément ambivalente : à la fois profondément attachée et terriblement critique, plutôt satisfaite et maxi-frustrée, étrangement engagée et pourtant désabusée.
Ben voilà. Maintenant je comprends. C’est parce que, d’une part, en réalité la palette de relations au travail des Français·es est vaste et nuancée, et d’autre part, qu’elle n’est pas liée à l’expérience réelle mais à la perception qu’on en a et aux attentes qu’on y place.
Tout dépend du filtre avec lequel on analyse son vécu au travail : soit on en attend du sens, quelque chose d’existentiel, et c’est alors terriblement injuste et horripilant de ne pas le trouver, soit on en attend du statut, quelque chose de matériel, et alors c’est frustrant de ne pas le trouver, mais on croit encore au modèle et on pense qu’il y a une issue.
Est-ce que ça veut dire… nan mais autant en parler… qu’il ne faut pas embaucher de salarié·es de la Gauche radicale ? Well, laissez-moi vous sortir un autre banger : “De l’autre côté, l’électeur du RN présente un profil qui devrait alerter tout DRH. Il est le seul électorat dont la confiance dans les collègues est négative”. Donc bon. À eux deux, ces deux électorats couvrent quasiment la moitié de la population qui vote. Et si vous voulez mon avis, c’est moins qu’il faut arrêter de les embaucher qu’il faut arrêter de les bolosser.
Parce qu’en gros, bolosser ses salarié·es, ça produit, hors de l’entreprise, soit une frustration mobilisatrice, soit une frustration contre les autres, soit… du balek.
Si c’est vrai, c’est très grave.
Un truc structurant dans l’étude dépasse largement le cadre du travail : la manière dont les gens perçoivent le fonctionnement du monde lui-même. Plus précisément : est-ce qu’on pense que l’économie, et plus largement la société, fonctionne comme un jeu à somme nulle (côté LFI) ou est-ce qu’on garde une sereine confiance qu’il est possible d’améliorer la situation de tout le monde en même temps (les autres). Le truc qui est assez bouleversant c’est que les DEUX provoquent de l’insatisfaction et de la colère, mais différemment. Attention, je me lance dans une tentative d’interprétation acrobatique.
Imaginer les gains des uns comme la perte des autres (= Gauche radicale), ça donne de l’importance au dialogue social et ça rend sensible aux inégalités et aux relations de tension et de domination. En fait ça rend pas sensible, ça rend DINGO. "À expérience équivalente, celui qui voit l’entreprise comme un lieu d’exploitation sera mécaniquement moins satisfait." Ça crée de la colère, une colère par définition difficile à calmer vu que le monde est ce qu’il est et qu’il va pas changer demain. Et ÇA, MES AÏEUX, quand je m’y penche… j’en parle tout le temps. J’ai fait un article précisément sur le monde du travail comme jeu à somme nulle, pour en appeler à capter qu’en fait peut-être qu’on peut le dépasser. J’ai fait un article ironique sur l’abandon de la lutte pour préserver les acquis sociaux, et l’opposé beaucoup moins ironique sur le déclin. À chaque fois que j’essaie de remonter aux enjeux systémiques dans CDLT, je me heurte au même cercle vicieux-vertueux : remonter aux vraies causes derrière les problèmes c’est plus juste et ça permet de sortir de la culpa individuelle MAIS ça crée de l’impuissance parce que bon, changer le système ça se fait pas en un jour, ET EN MÊME TEMPS y’a que ce mix de compréhension systémique et de colère existentielle qui peut servir de moteur pour vraiment améliorer les choses, MAIS BON c’est fatigant quoi.
Imaginer que l’effort paye, même si toutes les preuves — dans son vécu comme autour de soi — vont dans le sens inverse (= ça concerne à peu près tout le monde sauf la Gauche radicale), c’est ce qui permet de tenir et de continuer à y croire, d’être peut-être pas mal plus satisfait·e de son quotidien au travail, ET EN MÊME TEMPS, c’est exactement ce qui crée une dissonance assez terrible. Quand on croit que le système fonctionne, si ça ne marche pas pour soi alors il ne reste pas beaucoup d’explications (ce que je creusais dans l’article sur la croyance dans la méritocratie et ses effets pervers, où je me demandais notamment pourquoi on continuait collectivement à y croire alors que ça nous fait tant de mal). En fait il y a deux options. Soit on considère que c’est notre faute, et alors on peut soit lâcher l’affaire soit donner du sens à la souffrance (hop mon article sur le sujet), ce qui comporte le risque de la faire perdurer. Soit… on considère que c’est la faute des autres. Et c’est ça qui mène à la défiance, envers ses collègues, comme envers toute forme d’“autre”, et donc par exemple les immigrés. En bref, je vais faire un raccourci pas du tout recommandé par Waze : ne pas questionner le fonctionnement du monde, ça permet d’être moins véner, et en même temps ça peut mener à trouver dans la haine de l’autre l’explication des injustices qu’on subit.
D’un côté on a une insatisfaction existentielle qui épuise mais peut trouver une issue dans l’action collective. De l’autre une insatisfaction matérielle qui repose mais peut s’exprimer dans le rejet des autres.
Ça me retourne.
Et je termine en me répétant parce que c’est probablement ce qui m’a le plus chambouleversée dans cette histoire : le sujet du lien et de la confiance. Je le répète parce que c’est essentiel : les chercheur·ses montrent que la confiance interpersonnelle au travail (le fait de pouvoir compter sur ses collègues, de se sentir entouré·e, soutenu·e) est l’un des meilleurs prédicteurs des attitudes sociales et politiques.
Et ça c’est pas du tout un détail. Parce que ça veut dire que c’est principalement au travail que se fabrique notre rapport aux autres humains. C’est la question que je tentais (mal) de formuler quand je me demandais si le télétravail, bien que je l’aime très fort, n’était pas en train de faire disparaître le “second lieu”, notre premier lieu d’interaction avec le monde extérieur, dans mon article sur le sujet. C’est ce que je pointais la dernière fois quand je disais que le travail était le tuteur de nos vies, qu’il remplissait beaucoup de nos besoins psychologiques. C’est même — ça semble con mais ça l’est peut-être pas — sur la confiance comme notion révolutionnaire dans le monde du travail aujourd’hui que je concluais mon article sur les notes de frais.
En fait c’est quand même maxi-flippant : si le travail est l’un des principaux lieux où l’on apprend à faire confiance (ou à ne plus faire confiance, donc), alors la manière dont il est organisé aujourd’hui devient un sujet politique de premier ordre.
Parce que depuis quelques décennies, le travail ne fait que s’individualiser (j’en ai fait un article il y a maxi-longtemps sur la responsabilité individuelle, et j’en parle tout le temps, mais je crois que ça mérite un prochain CDLT un peu historique ça parce que c’est maxi-intéressant) (y’aura du Dominique Méda <3). Sauf que quand on détruit les conditions du collectif au travail (moins de temps ensemble, moins de coopération, moins d’espaces d’échange, une organisation du travail qui fragmente les expériences et les tâches, qui individualise les indicateurs et les objectifs, qui met tout le monde en concurrence), on transforme les “autres”… au mieux en PNJ, au pire en ennemis. L’individualisation du travail, ça crée de la défiance. La défiance, ça crée soit des électeur·ices RN, soit de l’atonie.
Selon que le travail crée du lien ou de l’isolement, il ne produit pas du tout les mêmes citoyens.
C’est vertigineux.
Je suis vertiginée.
Je pourrais continuer des heures mais j’pense que, perso, j’ai pris beaucoup trop de décharges intellectuelles d’un coup, et y’a des chances que vous aussi, on va se laisser un petit temps de repos hein ?
Y’a clairement pas de “en bref”. Ça m’a fait un bien fou d’essayer de commencer à formuler ce que je pense, mais j’ai l’impression d’avoir à peine effleuré tout ce que ce truc implique. Toubicontinioude, parce que j’ai l’impression d’ouvrir une porte et derrière y’a pas une pièce, y’a pas un couloir, y’a même pas la rue, y’a NARNIA.
J’ai l’impression qu’en faisant ce lien entre le vécu au travail et l’attitude politique, entre le quotidien au taf et les enjeux démocratiques, cette étude crée une sorte d’avant/après pour moi et pour CDLT. Un truc qui à la fois approfondit ma démarche et lui donne un sens nouveau, que je ne comprends encore qu’à moitié.
Évidemment y’a plein de questions, la première étant la corrélation vs. la causalité dans toute cette histoire (est-ce que les attitudes politiques proviennent du vécu au travail ou est-ce qu’elles l’influencent, ou les deux ?), mais quand la corrélation est aussi massive et cohérente, il y a forcément un truc à creuser. La deuxième question c’est : et le secteur public et les indeps dans tout ça ? La troisième question, c’est celle du comment : vu que c’est pas aussi simple que “mon manager m’a saoulé·e lundi” —> “je vote RN dimanche”, de quels millions de façons la défiance se déploie, s’ancre et transforme les gens par leur vécu au travail ? La quatrième question, c’est HOLY FUCK MAIS COMMENT ON PEUT LAISSER UNE TELLE RESPONSABILITÉ AUX ENTREPRISES ? Les boîtes ont un pouvoir démocratique colossal, non délégué, non consenti, non régulé. Et scoop : elles en font n'importe quoi. La cinquième question elle est conspi : l’atonie, ça arrange qui ? Qui a intérêt à produire du désengagement ? La sixième question elle me concerne directement : si la perception du monde et de l’entreprise est ce qui produit de l’insatisfaction, alors c’est quoi la solution ? Continuer à essayer de changer les choses au risque d’être de plus en plus véner, ou développer sa gratitude pour éviter les ulcères ? Et puis les questions n° 7 jusqu’à 1 000, elles sont purement politiques et tracent des réflexions nouvelles et enfin un peu applicables pour essayer d’endiguer le vote RN, je laisse ça aux expert·es.
Bref, tout ça pour dire que… ça me fait du bien. J’ai l’impression d’avoir enfin entre les mains un filtre de compréhension de la société qui fonctionne un peu mieux que les filtres traditionnels. J’ai l’impression que ça donne un nouveau sens à ce que je fais, et que ça justifie encore plus qu’on s’empare du travail comme d’un sujet essentiel et vital pour notre avenir. Ça m’apaise et ça me donne la patate. En fait, une bonne étude de sciences politiques, c’est un peu mon self care à moi. J’espère qu’à vous aussi ça vous a fait un truc, sinon cet article c’est un peu comme si vous m’aviez regardée faire ma séance de yoga en public.
Sev
🏄 LE BOARD DE CDLT
Encore merci à toutes les personnes soutiennent CDLT sur le Tipeee, et un gros big up à celles qui rejoignent le board :
Pauline - Venture Caïpitalist
AlexP - Head Account of Monte-Cristo Manager
Thael, CEO, EMEA and YMCA
Adina - Majority Chairdepoule-holder
Ninacaramel - Vice President of Sales (& Propres)
Board composé de :
Safiler - VP, Investor et à Travers Relations
David - Principal, Early Stage Investment & Late-stage capitalism
Adeline - Senior Advisor, Special Situations, Common Situations, All Situations
AnneKer - Limited partner, Limited Patience
T.J.N - Managing Partner, Impact in 3, 2, 1
Édouard - Senior Advisor, Distressed Assets & Relaxed People
Legnaflow - Head of Risk & La Bonne Paye Exposure
Astrid - Executive Fantasy Director
Philothée - Head of Trade Génie
Eléa - Chief Non-Compliance Officer
Sophie - Trust Manager, Trust Issues Solver
Antoine - Head of Very Alternative Investments
Camille - Head of Lose and Loose Change
Treplev33 - Adventure Capitalist
Xtrava - Executive Director, Decelerator Program
Laurent - Business Angel Hydroalcoolique
Antho - Head of STONKS
Lorefine - VP Passive-agressive Income
Romane - Director of Operational and Emotional Excellence
Caro - Vice President of Virtue
CyrilD - Head of Shoulders, Knees and Toes
Argonythe - Vice President, Global Smooth Operations
Valentin - Senior Financial Interior Architect
Sarah - Head of Cash-cashflow
Roxane - Sonic the Hedge Fund Manager
CamilleDnl - Manager of Outside Trading
Aude - Unlimited Partner
Nico - Chief Baby-loan Officer
Frédéric - Senior Vice-President of Prem's
Claire B - Amrchairwoman
Nolwenn - Chief of Stuff
Stef - Senior Partner of Pichenette
Dreeckan - Managing Partner, Surreal Estate
Hfovel - Manager Of Financial Oversight (MOFO)
Atelierbfl - Global President of Camembert
Vincent - Chief Destructuring Officer
Sophie - Associate VP of Chill, Chile and Chili con carne
DelphineDBO - Holding My Beer Head Manager
Florent - Head of Liquid, Solid and Gaseous Assets
Elise - Chief Vibes Officer
Justine - Director of Bonds, James Bonds
Alexis - WOW Effect Director
Catherine - Bête de mécène
Tia_mzz - Chairwoman Emeritus (Emerita ?)
Mathilde - Senior Analyst, Open Mic et Open to Work
Morgane - Partner, M&As & M&M's
Justicepoissons - Director of proprietary Trading Ding Dong
Laety - Partner, Private Equity, Justice and Fairness
Vous êtes vraiment formidables.